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Etat international de la recherche
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L'expansion de la théorie de l'esprit dans la philosophie a produit une domination du cognitivisme sans que le corps , sa nature, sa qualité et son activité, ne soit un principe de la connaissance. La philosophie de l'esprit aura été le moyen de poursuivre l'étude de la conscience. Si la philosphie de l'esprit est bien " une réflexion sur la possibilité d'une ontologie de phénomènes mentaux " , l'existence et la nature de ces phénomènes pu définir une philosophie de la psychologie et une psychologie cognitive. La philosophie de la psychologie ne se contente plus d'étudier l'intentionnalité du mental indépendamment du développement d'une théorie naturaliste : " les sciences cognitives visent à se constituer en tant que sciences naturelles de l'esprit " . Le corps disparaît en tant que principe de la connaissance car sa réduction physicaliste et sa dividuation neurocognitive le décomposent en éléments naturels dont l'assemblage fera l'objet des différentes théories de l'esprit. La critique de The Concept of Mind par G. Ryle en 1949 au nom du béhaviorisme aura produit une philosophie de l'esprit . L'interrogation ne porte plus sur l'examen du travail de l'entendement mais sur la description du fonctionnement de l'esprit dans ses traitements des données : contenus sensibles, objets matériels, universaux, propositionsŠ Le corps ne devient au mieux qu'un pourvoyeur de données, sinon un obstacle dont il faut modéliser l'utilité. L'étude des processus cognitifs s'effectue dans une science de l'esprit qui utilisent une méthodologie psychologique rénovée, les résultats des sciences biologiques du système nerveux, les travaux de la linguistique et de la logique. L'hypothèse computo-représentationnelle suppose que les entités mentales transportent des informations soit grâce à la dynamique complexe des états du système nerveux central, soit grâce aux processus logiques au sens d'un calcul établi par A. Turing. Le cognitivisme satisfait à la naturalisation du corps en affirmant :

1. Le mental a une nature matérielle au sein d'une conception moniste du monde ; 2. Mais le mental a une autonomie conceptuelle suffisante pour décrire la nature fonctionnelle de ses entités. Cette distinction habile, elle évite le dualisme, suffit à attribuer 1. aux neurosciences et

2. à une logique fonctionnaliste. Le corps n'apparaît qu'à travers la question des qualia . Exclusivement connu par une expérience strictement privée, le quale est l'effet d'une organisation matérielle du corps et du cerveau . Bertrand Russell nous rappelle la différence entre les données physiques et les données psychologiques en distinguant le caractère privé du caractère public de la sensation B. Russell accorde à la psychologie le statut de science de l'esprit au nom d'une loi causale purement mentale. L'échec du manuscrit de 1913, selon l'opinion de L. Wittgenstein, ne doit pas occulter la tentative du monisme neutre comme la possibilité pour le corps d'être réintroduit par B. Russell dans la philosophie de l'esprit. Le monisme neutre est la théorie selon laquelle le mental et le physique " ne diffèrent par aucune propriété intrinsèque Š mais seulement par leur disposition et leur contexte " (B. Russell, 1913, p. 27).

Il poursuivra dans Analyse de l'esprit en 1921 une conciliation entre la tendance matérialiste de la psychologie et la tendance anti-matérialiste de la physique : en admettant l'interpénétration du physique et du psychique, B. Russell définit la sensation, à la différence de l'image, comme ce qui est commun aux mondes mental et physique (B. Russell,1921,p.143). The Analysis of Matter conserve, au sein d'un monisme neutre, aux propriétés physiques le principe d'inférence de l'état d'esprit à partir d'un état cérébral (B. Russell, 1927, p. 391). Le monisme neutre aura maintenu le corps dans une unité physique et mentale sans parvenir à décrire les modes de constitution matérielle des états mentaux. Pour éviter que cette naturalisation du corps ne conduise à une élimination ou à une analycité de ses qualia, D.M. Armstrong a repris le thème de la perception pour défendre un réalisme direct selon lequel ³ nos impressions sensorielles sont acquises à titre de croyances, et qu'elles correspondent ou non à la réalité physique ²(D.M. Armstrong, 1961, p. 131). Le réalisme direct s'inscrit dans une théorie matérialiste de l'esprit dans laquelle la perception est une croyance vraie ou fausse acquise à partir de l'état du corps et de son environnement. Pourtant D.M. Armstrong admet une variété dans le type de sensation : il distingue les ³bodily perception², les ³bodily sensation² et les ³ bodily feelings² refusant à ces derniers une localisation particulière dans le corps (D.M. Armstrong, 1968, p. 307). Si le monde est bien ³scanned² dans la perception, le passage de la vision à la perception, puis de la perception à l'introspection pose le problème des qualités secondaires par rapport ux qualités physiques (D.M. Armstrong, 1981, p. 37-46). De la matière à pensée à la neurocognition du développement, la matière corporelle change de statut épistmologique : d'unité déterminée par le jeu machinal de l'homme neuronal, la matière corporelle est source d'individuation épigénétique accordant ainsi à la pensée une activité adaptative du corps ; ³ ce sont les corps qui pensent ² et ³ il n'y a pas de corps sans pensée ²(A. Prochiantz, 1997, p. 10).

Ce remplacement de l'esprit par la pensée est le résultat du fonctionnalisme représentationnel de J. Fodor le moyen de décrire un langage de la pensée qui évite les deux sortes de réductionnisme que sont le béhaviorisme logique et le matérialisme physiologique. L'affirmation d'un langage de la pensée sur le modèle de la computation (J. Fodor, 1975, p. 5) assurerait un modèle commun à tous les organismes, corps vivant ou machinal. En décrivant l'architecture de l'esprit comme une hiérarchie de fonctions et de système, ³ le degré du matérialisme dépend du degré d'identification des propriétés fonctionnelles aux propriétés physiques ²(P. Engel, 1992, p. 33). Le corps, décrit à partir du modèle de la machine et de l'organisme, s'inscrit dans une Functional state identity theory : celle-ci ne serait pas réductionniste car l'identité des types garantirait une correspondance entre les états psychologique de l'organisme et les états réglés de la machine computationnelle (Jerry Fodor, 1981, p. 98-99). En établissant sa classification fonctionnelle, J. Fodor place le corps au rang de systèmes périphériques fournissant l'information aux systèmes centraux par le moyen des transducteurs : les modalités (J. Fodor,1983, p. 67) sensorielle et perceptuelle ne relèvent pas des propriétés des processus cognitifs centraux, car le corps ne pense pas ; s' ³ il doit forcément exister des tâches que l'esprit ne peut pas accomplir ²(J. Fodor,1983, p. 156), l'existence de limitations innées de nos capacités mentales interdit d'attribuer au corps un statut autre que périphérique. Ni déterminisme inné, ni empirisme, la psychologie computationnelle limite, elle a pu être décrite comme celle de l' esprit mécanique(V.Descombes, 1995, p. 224-257), l'insertion des propriétés sensationnelles à son ³ cloisonnement informationnel ²(J.Fodor, 2000, p. 95) dans les mécanismes cognitifs des processus centraux. Dans sa critique de la théorie empirique de l'esprit, Daniel Dennett voudrait évaluer la définition ontologique de l'esprit sans céder aux sirènes connectionnistes. Contre le spiritualisme et le dualisme des substances, D. Dennett défend d'abord la thèse de la corrélation entre les énoncés du langage mental et les énoncés des sciences physiques(D. Dennett,1969, p. 19) : en soulignant les normes de rationalité, D. Dennett traite tout objet comme un système intentionnel ; cette posture intentionnelle(P. Engel, 1994, p.71-92) est une stratégie qui attribue des croyances à des humains et des êtres artificiels ; ainsi toutes les opérations perceptives de la pensée et de l'action peuvent être décrites selon un modèle de versions multiples(D. Dennett, 1991, p.135-178). Sans discriminateur central, ni récit définitif, le vécu corporel du temps, de la conscience et de la perception est un flux parallèle de contenus mobiles. Le processus d'interprétation, d'inférence et de construction est incorporé au traitements même des informations, si bien que toute localisation cristallise après coup la mobilité cognitive. L'établissement d'un corpus international thématique, sur la base des travaux bibliographiques , révèle pourtant la variété des thèmes étudiés qu'il ne suffit plus de regrouper sous une découpe disciplinaire du corps dans la seule philosophie de l'esprit. La philosophie du corps se développe dans le monde anglo-saxon à travers l'examen des thèses phénoménologiques et neurobiologiques. Mike Proudfoot rassemble les travaux sur les représentations et la conscience corporelles , où Quasin Cassam y présente sa conception du corps comme principe de l'activité représentationnelle. Samuel Todes

Les thèmes du corps et de l'identité personnelleLa phénoménologie sert de moyen pour développer une philosophie de la chair dans lequel nous avons pu nous inscrire

La valorisation de l'émotion place aujourd'hui le corps au sein d' une constitution dynamique de la sensation. Contre la domination de l'esprit rationnel, les racines de la singularité du Soi se trouvent dans un esprit ³ si étroitement façonné par le corps ²(A.R. Damasio, 1999, p. 149) : les cartographies du corps-objet révèlent combien le corps est redoublée dans l'organisation cérébrale, comme en témoignent les travaux de V.S. Ramachandran sur la base de l'homoncule de Wilder Penfield (V.S. Ramachandran, 2000, p. 48). En renversant l'ordre de la raison et de l'émotion, l'action utilise un corps agissant par délibération et décision avant que la conscience n'en entérine le résultat : selon Alain Berthoz ³ nous avons deux corps, le corps physique et le corps mental. Le corps mental est constitué de tous les modèles internes qui constituent les éléments du schéma corporel et permettent au cerveau de simuler, d'émuler la réalité ²(A. Berthoz, 2003, p. 170).

L'état de la recherche en France


Le corps est aujourd'hui au croisement de publications diverses tant en biologie, éthologie, histoire, sociologie, philosophie, psychologie, psychanalyse, anthropologie et littérature sans qu'aucun ouvrage, comme Le Dictionnaire du Corps que nous dirigeons, ne puisse inventorier et synthétiser les recherches et les définitions. La publication des histoires thématiques, Histoire de la Vie privée, Histoire des femmes, Histoire des m¦urs, Histoire de la Famille, Histoire de l'enfance, Histoire des jeunes, Histoire de la sexualitéŠ n'ont abordés qu'indirectement le corps à partir des institutions, des pratiques et des modèles. M. Bloch, L.Fevre, J. Léonard, Ph. Ariès, J. Le Goff, J.C. Smith, M. Perrot, G. Duby, A. Corbin, A. Farge, Ph. Artières au moins, défendent la thèse de l'oubli et de la négation du corps par l'histoire en produisant des histoires thématiques et chronologiques qui périodisent les concepts étudiés. Le Dictionnaire du corps a pour but de rassembler ces travaux dans des articles et des bibliographies thématiques selon le principe de l'abécédaire.

Le Dictionnaire du corps (400 articles) sollicite ceux et celles, peu importe leur discipline d'origine, qui ont mis en avant dans leurs travaux une définition d'une propriété, d'un état, d'une pratique, ou d'un modèle du corps tant individuel, social et collectif. Déjà des anthropologues ont étudié les représentations et les normes corporelles en défendant la thèse que le corps est une construction et non pas un donné naturel. Les sociologues, depuis les techniques du corps Marcel Mauss et l'¦uvre de Norbert Elias, s'interrogent aussi sur la méthodologie à suivre pour étudier le corps sans transformer le terrain sociologique en un épiphénomène de la mode qu'il faudrait sans cesse renouveler, l'objet définissant alors le modèle .


Les philosophes français ont aussi étudié le corps. Nous avons dès 1993 dresser les conditions d'une histoire philosophique du corps en faisant l'inventaire en phénoménologie, en psychologie et en sciences cognitives de
ceux et celles qui avaient proposer des modèles du corps.Soit dans le débat phénoménologique à la suite de M. Merleau Ponty comme Renaud Barbaras, Claude Bruaire, Jean-Louis Chrétien, Natalie Depraz, Didier Franck, Michel Henry, Marc Richir,Soit dans le débat scientifique, à la suite de Georges Canguilhem François Dagognet, Stéphane Ferret, Dominique Lecourt, Michel SerresSoit dans le débat psychologique à la suite de Gilles Deleuze et Felix Guattari, Eric Blondel, Pierre Carrique, Isabelle Dupeyron, Denis Kambouchner, Xavier VerleySoit dans le débat politique et moral à la suite de Michel Foucault, comme Michel Bernard, Didier Deleule, François Guery, Michel Onfray, Jean-Luc Nancy, Beatriz Preciado

Nous ne participons à ces débats, même si nous les commentons à travers notre recherche d'une nouvelle philosophie du corps. Car nous avons privilégié l'étude du corps dans ses relations avec le cerveau-esprit à travers les colloques internationaux organisés sous l'égide des Archives Poincaré. La relation du corps-esprit est le moyen de repenser le matérialisme corporel à travers notre engagement dans les traductions successives des textes physicalistes d'H. Feigl, R. Carnap et J. Kim .Les travaux fondateurs de Claude Bruaire, et Michel Henry ont déjà pu définir une philosophie incarnée mais sans une relation suffisante entre biologie et phénoménologie, entre le corps vivant et le corps vécu. Notre recherche, s¹appuyant sur les travaux de scientifiques comme Francisco Varela, Antonio Damasio et Alain Berthoz, retrouve la voie ouverte par Maurice Merleau-Ponty, Raymond Ruyer et Georges Simondon : comment défiir
le corps en décrivant une bio subjectivité qui respecte les niveaux du corps vivant et du corps vécu ? En étudiant les cultures du corps, nous faisons l¹hypothèse que ces libertés corporelles, instituant de nouvelles normes à la représentation de soi et des autres, sont aussi des conceptions innovantes d¹un monisme non réductionniste. Le cerveau, l¹esprit et le corps sont décrits dans ces philosophies de l¹incarnation selon un matérialisme dynamique et une théorie de l¹identité. Ces relations immédiates entre le corps et l¹esprit sont critiquées pour fonder, par l¹analyse des physicalismes contemporains (H. Feigl, R. Carnap, J. Kim), une phénoménologie neurocognitive et un matérialisme du corps pensant. Notre réflexion s¹organise autour de la question : Comment une philosophie du corps peut-elle délimiter un matérialisme non réductionniste au sein d¹une phénoménologie biologique de la chair ?

 

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