|
La
Villa Majorelle
une maison construite par un artiste pour un artiste
|
|
En
1898, Louis Majorelle confie à l'architecte Henri Sauvage l'élaboration
des plans de sa maison personnelle à Nancy. La Villa Majorelle -ou Villa
Jika, d'après les initiales de l'épouse de Louis Majorelle, Jeanne Kretz-
est construite en 1901-1902 et occupe une place toute particulière dans
l'histoire de l'architecture nancéienne. Première maison résolument Art
nouveau de Nancy, elle est conçue pour l'un des principaux artistes de
l'Ecole de Nancy, Louis Majorelle, et résulte d'une parfaite entente et
collaboration entre artistes parisiens et nancéiens de renom. Ouverte
au public depuis 1997, la Villa Majorelle témoigne encore tant dans son
architecture extérieure que dans sa décoration intérieure de la notion
d'unité de l'art prônée par de nombreux artistes de l'époque.
|
Une
maison construite par un artiste pour un artiste
Se préoccupant avant tout du sujet à traiter, M. Henri Sauvage a
doté la villa nancéienne d'un caractère spécial , celui d'une habitation
ni somptueuse, ni vaniteuse, d'une habitation qui ne doit être la
demeure ni d'un parvenu, ni d'un prince, d'une habitation qui ne
cherche nullement à exciter l'envie des passants par l'exhibition
d'un faste menteur. Nous devinons la maison d'un artiste sensitif
et affairé, au cerveau cultivé, à l'œil délicat, que le jugement
d'autrui préoccupe peu et qui désire seulement vivre d'une vie propre
dans une atmosphère élevée, intelligente et pure.
Une architecture « transparente »
Comme les pièces acceptent loyalement leur destination spéciale,
les quatre façades sont différentes, non par soif de bizarrerie,
mais par la mathématique résolution du problème présenté. Et cette
absence de symétrie non seulement permet de lire le plan à livre
ouvert et sans tricherie, mais elle pare l'œuvre entière d'une fantaisie
pleine de saveur."
Frantz
Jourdain
dans " L'Art décoratif ", 1902
|
Une
salle à manger « modèle riche »
Reproduit à partir de 1904 dans les catalogues de Majorelle, le mobilier
de la salle à manger "Les blés, modèle riche", acquis par la Ville de
Nancy et propriété du musée de l'Ecole de Nancy, réintègre son emplacement
d'origine après restauration en 1997. Cheminée en grès flammé de Bigot,
vitraux de Gruber, peintures de Jourdain, mobilier et boiseries de Majorelle,
contribuent à faire de cette salle à manger un moment fort de la visite
de la Villa Majorelle.
Une
"maison témoin" de l'Art nouveau
Classée Monument Historique en 1996, la Villa Majorelle connaît en 1999,
une restauration partielle de l'extérieur qui permet aujourd'hui de mieux
appréhender la richesse polychrome des matériaux utilisés par l'architecte.
Prochainement, une réhabilitation plus complète du bâtiment -restauration
et remise en situation de mobilier dans son cadre d'origine- fera de ce
lieu Art nouveau une maison unique, témoin du lien très fort qui unissait
sans distinction tous les arts.
Les
artistes
La
Villa Majorelle résulte d'une collaboration exceptionnelle entre artistes
parisiens et nancéiens. Le commanditaire, Louis Majorelle, est l'un des
principaux artistes de l'Ecole de Nancy ; il est l'auteur du mobilier,
des boiseries et des ferronneries de sa maison. La conception du projet
est confiée à Henri Sauvage, jeune architecte et décorateur parisien dont
c'est la première commande importante. Sont associés également à ce chantier
le céramiste Alexandre Bigot, le peintre-verrier Jacques Gruber et les
peintres Francis Jourdain et, plus tardivement, Henri Royer. L’architecte
nancéien Lucien Weissenburger est chargé de l'exécution du chantier de
la maison.
Louis
MAJORELLE
Toul
1859 - Nancy 1926
|
|
Industriel,
artiste décorateur et ébéniste Après avoir suivi les cours de Théodore
Devilly et Charles Pêtre à l’Ecole des Beaux-Arts de Nancy, Louis
Majorelle est reçu à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris en 1877 et
fréquente l’atelier du sculpteur Aimé Millet. Deux ans plus tard,
le décès de son père l’oblige à revenir à Nancy. Il reprend avec
son frère Jules l’entreprise familiale de fabrique de mobilier et
de faïence. En 1894, après une production d’inspiration historique,
Louis Majorelle remplace le décor vernis ou peint du mobilier rocaille
et japonisant au profit du décor marqueté à références naturalistes
et symbolistes. Reconnu essentiellement pour son travail d’ébéniste,
Louis Majorelle développe une production de meubles à deux niveaux
: la première concerne le mobilier de luxe, fabriqué à Nancy rue
du Vieil Aître, et la seconde, le mobilier bon marché de série qui
est réalisé à partir de 1905 dans les ateliers de Pierre Majorelle
à Bouxières, près de Nancy. Le travail du métal est développé dans
ses ateliers pour la réalisation des bronzes ornant le mobilier,
mais aussi pour les luminaires en collaboration avec Daum à partir
de 1898. Il fait éditer ses céramiques dans différents ateliers
de la région lorraine et réalise des modèles d’objets en grès pour
Alphonse Cytère (Rambervillers) et les frères Mougin. Ses multiples
activités l'amènent à ouvrir de nombreux magasins d’exposition,
notamment à Paris, Lyon et dans plusieurs villes thermales. En 1901,
il est un des vice-présidents de l'Ecole de Nancy.
|
Henri
SAUVAGE
Rouen 1873 - Paris 1932 |
|
Architecte,
décorateur Henri Sauvage entre à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris
en 1890 et y reste cinq ans. Pendant ses études, Sauvage fréquente
l’atelier du sculpteur Alexandre Charpentier et y rencontre de nombreux
architectes et artistes de l’avant-garde, parmi lesquels Frantz
et Francis Jourdain et Louis Majorelle. En parallèle de ces années
d’apprentissage et de formation académique, Sauvage développe une
activité artistique, réalisant de nombreux modèles de papiers peints,
de pochoirs et de meubles. En 1896, l’une de ses premières commandes
est la création de tentures pour le Castel Béranger, réalisé par
l’architecte parisien Hector Guimard. C’est à cette période que
Sauvage ouvre sa propre boutique de papiers peints. La première
collaboration avec Louis Majorelle date de 1898 pour l’aménagement
et la décoration de deux salons du Café de Paris. C’est cette collaboration
qui amène Majorelle à choisir Sauvage pour la construction de sa
maison personnelle à Nancy, chantier déterminant pour Sauvage, alors
au début de sa carrière. A l’Exposition universelle de 1900, Sauvage
réalise le pavillon du Guignol et participe en collaboration avec
le sculpteur Pierre Roche à l’édification du pavillon-théâtre de
la célèbre danseuse Loïe Fuller. C’est surtout après 1910 qu’Henri
Sauvage et son associé Charles Sarrazin, débarrassés de leurs premières
influences, participent à l’architecture moderne en réalisant notamment
immeubles à gradins, habitations hygiéniques et à bon marché.
|
Alexandre
BIGOT
Mer 1862 - Paris 1927 |
|
Céramiste,
chimiste et industriel d’art Après l’obtention d’un doctorat de
chimie organique en 1890, Alexandre Bigot se passionne pour la céramique
et s’oriente vers les applications de la céramique dans l’architecture
extérieure et intérieure. En 1897, il construit un premier four
dans sa ville natale, à Mer, et développe une production industrielle
de céramique. Il ouvre à Paris un magasin d’exposition et de vente,
relayant les créations de son usine. De nombreux catalogues de vente
attestent chaque année des nouvelles productions de Bigot et de
ses procédés de fabrication. Il réalise seul ou en collaboration
avec d’autres artistes, de nombreux objets décoratifs (vases, statuettes,
bibelots, etc.) ainsi que des éléments d’architecture édités en
série limitée (vasques, cheminées, baignoires, etc.). Il réalise
à la Villa Majorelle les frises extérieures et intérieures en grès
flammé, ainsi que la balustrade de la terrasse, les couronnements
des cheminées extérieures et la cheminée monumentale de la salle
à manger. Il participe également à de nombreux chantiers Art nouveau,
en collaboration avec Hector Guimard, Henri Sauvage, Alexandre Charpentier.
Sa production cesse à partir de 1914 avec la première guerre mondiale.
|
Jacques
GRUBER
Sundhausen 1870 - Paris 1936 |
|
Peintre-verrier,
décorateur Principalement connu comme créateur de vitraux, c’est
en tant que chef décorateur, à partir de 1893 à la manufacture Daum,
que Jacques Gruber participe au début de l’aventure de l’Ecole de
Nancy. Comme Victor Prouvé, Camille Martin et d’autres artistes
nancéiens, Jacques Gruber est polyvalent, abordant de nombreuses
techniques des arts décoratifs et de l’illustration. Il collabore
en effet avec plusieurs industriels et artisans nancéiens auxquels
il fournit des modèles et des décors de mobilier, de reliure, d’objets
en grès flammé. Il dessine également des menus et des programmes
pour les imprimeurs nancéiens. Gruber participe aux principaux chantiers
architecturaux de l’Ecole de Nancy signant verrières et vitraux
pour les maisons d’Eugène Corbin, Albert Bergeret, mais également
pour la Chambre de Commerce, la brasserie Excelsior, le Crédit Lyonnais,
les Magasins Réunis, etc. A la Villa Majorelle, il signe les principaux
vitraux à décor de monnaie du pape (cage d’escalier et hall d’entrée),
de cucurbitacées (salle à manger) et de sous-bois, traité dans un
style japonisant (salon, détruit vers 1916). Son œuvre, d’une grande
qualité graphique et parfois picturale, aux inspirations naturalistes
mais aussi symbolistes, est une véritable synthèse des techniques
verrières de l’époque. Il est membre du Comité directeur de l'Ecole
de Nancy dès 1901 et enseigne à l’école des Beaux-Arts de Nancy.
|
Deux
peintres participent également à la décoration de la Villa Majorelle :
Le
Parisien Francis Jourdain (Paris 1876
- Paris 1958) réalise dans la salle à manger une série de 8 panneaux à
décor d’animaux, de fruits et de légumes dont le thème est totalement
en accord avec la destination de la pièce. Il est le fils de l’architecte,
critique et promoteur d’art, Frantz Jourdain avec lequel Sauvage entretient
d’excellentes relations et auquel il doit plusieurs commandes. Décorateur,
Francis Jourdain conçoit également du mobilier, des céramiques et participe
à la fondation de l’Union des Artistes Modernes en 1929.
Enfin,
le Nancéien Henri Royer (Nancy 1869
- Paris 1938), grand émule d’Emile Friant, participe à ce chantier en
réalisant en 1906 sur le mur intérieur de la terrasse du rez-de-chaussée
une grande peinture d’inspiration symboliste ayant pour thème la fin du
jour.
Nous
vous informons qu'à partir du mois de mai et jusqu'au mois d'octobre,
des visites guidées de la Villa Majorelle sont de nouveau organisées,
par le Musée de l'Ecole de Nancy, les samedi et dimanche, à 14h30
et à 15h45. Sous la conduite d'une conférencière, les visiteurs
ont accès au rez de chaussée ainsi qu'à l'atelier de Louis Majorelle
situé au deuxième étage, et peuvent ainsi découvrir un des plus
beaux exemples de l'architecture Art nouveau à Nancy.
Les tarifs sont de 3.50 € par personne (2,50€ en tarif
réduit)
Entre novembre et avril, la ville se visite aussi mais seulement
le samedi à 14h30 et 15h45.
Les réservations se font auprès de Mme Parisse, Musée de l'Ecole
de Nancy
Tel : 03.83.40.14.86 / Fax : 03.83.40.83.31
e-mail : menancy@mairie-nancy.fr
|
|