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GASTON STOLTZ : THAMOS


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THAMOS

PAR LE CHOEUR ET L'ORCHESTRE GASTON STOLTZ


L'Orchestre Gaston Stoltz est une formation essentiellement amateur qui pratique le répertoire symphonique classique et romantique et, associé à la Chorale de Bouxières-aux-Dames depuis 1989, le répertoire religieux des XVIIIe et XIXe siècles.
L'ensemble porte le nom du fondateur de l'Orchestre du Lycée Poincaré de Nancy, dont l'activité de pédagogue, de chef d'orchestre et de compositeur rayonna inlassablement dans cette ville dès 1919 jusqu'aux années 1960.
Le projet fondateur de cette association chorale et orchestrale fut la réalisation, en version scénique et en tournée régionale, de l'opéra Alceste de C. W. Glück en 1991.
Dans son répertoire, l'ensemble propose aussi bien des œuvres très célèbres comme le Requiem de Mozart que des œuvres moins connues comme la 2e Symphonie « Lobgesang » de Mendelssohn ou Requiem für Mignon de Schumann.
Par ailleurs, à la fin du concert, le directeur de l'ensemble, Daniel COLOMBAT, a annoncé un projet de concert sur l'œuvre d'un compositeur colombien, Jaime Cordoba, qui connait bien l'orchestre Gaston Stoltz. Ils ont en effet déjà  travaillé ensemble sur deux œuvres, Tihuanacu et Mestizajes, qui ont eu un excellent retentissement auprès du public nancéien.

 

Le Te Deum K 141 qui commence le concert et le Sancta Maria K 273 qui le termine font partie des nombreuses œuvres religieuses composées pour Salzbourg dans la période 1769 – 1777. Ces deux œuvres, d'ailleurs, ouvrent et ferment précisément cette période. Et c'est un Mozart de 13 ans qui compose ce Te Deum qui, selon Carl de Nys (la Musique religieuse de Mozart  Que sais-je ? n°1986 – p.46-47 P.U.F.) imite presque mesure par mesure une œuvre de Michel Haydn composée 10 ans plus tôt ; pourtant il s'agit d'une œuvre originale, avec l'accompagnement caractéristique de la musique liturgique de la cathédrale de Salzbourg : deux parties de violons, basses, sans altos. Deux allegros de rythmes différents encadrent quelques mesures lentes et recueillies sur Te ergo quaesumus, avant une double fugue finale imposante malgré l'orchestre relativement réduit.

A la fin de 1773 et au tout début de 1774, Mozart compose avec ardeur, en particulier cette musique de scène pour la pièce de théâtre Thamos, König in Ägypten du baron Tobias-Philipp von Gebler. Poète et polémiste, franc-maçon viennois important et ami de Lessing, le grand inspirateur de l'Aufklärung,  Gebler semble avoir beaucoup tenu à son projet puisqu'il a d'abord demandé une musique à Glück, puis à un musicien nommé Sattler, avant de se tourner vers Mozart que le sujet a puissamment inspiré, livrant une partition dans ce style particulier du Sturm und Drang (tempête et passion) qui marque la musique de Haydn et Mozart au début des années 1770.
Le drame de Gebler, situé dans le cadre des mystères de l'ancienne Egypte, constitue une apologie de la franc-maçonnerie, sous le voile des symboles. La musique de Mozart quant à elle comprend 7 mouvements : 3 grands chœurs, comprenant des solos intégrés dans le déroulement musical, et 4 mouvements orchestraux successifs correspondant à chaque acte de la pièce. L'importance qu'il a accordée à cette œuvre est aussi attestée par la deuxième version amplifiée qu'il réalisera en 1779, et qui en constitue la version définitive.

1er mouvement – Maestoso –

 

Avant le couronnement de Thamos, jeune homme de haute vertu, la scène s'ouvre sur un chœur solennel et véritablement lumineux des prêtres et vierges du temple du soleil.

 

Schon weichet dir, Sonne,           Déjà la nuit, ennemie du jour,

Des Lichtes Feindin, die Nacht !      Te cède la place, ô soleil !

Dein ewig dauernder Lauf                    Que ta course éternelle

führ heitere Tage                            apporte des jours heureux

zu Thamos Völkern herauf!                  Au peuple de Thamos!

2ème mouvement – Maestoso – Allegro –

Après le 1er acte.

 

Il dépeint le caractère passionné de Mirza, gardienne des vierges du soleil, alliée à l'ambitieux prince Phéron pour disputer le trône à Thamos. Tout comme la Reine de la Nuit dans la Flûte enchantée, Mirza commande aux forces du mal.

3ème mouvement

Après le 2ème acte.

 

Cet andante oppose le caractère bon et vertueux de Thamos (cordes avec sourdines, beau solo de hautbois, douces répliques des bassons) à la jalousie de Phéron (accents et syncopes de tout l'orchestre).

4ème mouvement –

 

Après le 3ème acte.

 

Commençant avec le sombre complot des traîtres Mirza et Phéron, ce mouvement contrasté, original et très expressif est ensuite centré sur les doutes et les inquiétudes du personnage de Saïs, promise à Phéron, amoureuse de Thamos, et de plus ignorante de sa propre identité : elle est en réalité la fille de Ménès, roi déchu, devenu lui-même en secret grand-prêtre du soleil.

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5ème mouvement – Allegro vivace assai

terminant le 4ème acte dans la confusion théâtrale, et avec l'opposition de deux thèmes, l'un rythmique et tourmenté, l'autre chantant et sinueux : le « bithématisme » classique est ici en train de naître sous la plume d'un Mozart de 17 ans.

6ème mouvement – Prêtres et vierges du soleil sont à nouveau rassemblés pour le couronnement de Thamos.

 

Gottheit, über alle mächtig !                                                Dieu tout-puissant !

Dich verehrt Ägyptens Reich                             Le royaume d'Egypte te vénère.

Steigend, ohne je zu fallen                               Qu'il s'élève sans jamais faiblir

Von des Mittags heissem Sande                                  Du sable brûlant du midi

(…) wölkt sich Opferrauch empor.                      (…) s'élève un nuage d'encens.

Wie in weiter Tempel Hallen     De même que dans les vastes salles du temple

unter derTrompeten Schallen                    se mêle aux sonneries de trompettes

sanfter Flöten Zauberklang,                         le son enchanté des douces flûtes,

so mengt sich, Osiris Söhne,                       de même notre chant, ô fils d'Osiris,

unser Lied in eure Töne,                                                  se joint à vos hymnes,

Sonne! Dir ein Lobgesang.                              un chant à ta louange, ô soleil !

7ème mouvement – Appendice de 1779.

 

Un intermède orchestral particulièrement violent accompagne la perturbation du cérémonial par Mirza et Phéron, voulant imposer Saïs comme reine. Mais celle-ci y renonce, Mirza se poignarde, Phéron est foudroyé dans un fracas de tonnerre.

Le grand-prêtre exhorte à l'obéissance aux dieux, et Saïs se tourne vers Thamos qu'elle aime. On fait plus que discerner dans le grand-prêtre le futur Sarastro – mais aussi la ligne mélodique tendue du Commandeur dans Don Giovanni – et dans le couple royal Tamino et Pamina, les personnages de la future Flûte enchantée.

 

(ci-contre : Le grand prêtre : Alain GERARD)

L'Ouverture de Peter Schmoll

 

de Carl Maria von Weber (1786 - 1826)

 

fait partie des  ouvertures qui font la renommée de la musique orchestrale de ce compositeur : le Freischütz, Obéron, Euryanthe, Preziosa, autant de pièces brillantes, colorées, romantiques. Peter Schmoll n'est pas la plus connue, loin s'en faut. Mais on se laisse prendre à ses mélodies pimpantes, à ses sonorités séduisantes,  à une ardeur juvénile et positive qui peut être considérée comme une suite possible à Thamos.

Le Sancta Maria, mater Dei  nous fait donc revenir à la fin de la période salzbourgeoise de Mozart. Le texte n'est pas liturgique, c'est une prière à Marie pour obtenir sa protection dans la vie et dans la mort. A travailler cette courte page, qui n'a pas pu être composée pour la cathédrale de Salzbourg car l'orchestre à cordes comprend les altos, on éprouve la profondeur de ses accents personnels, et on comprend que le compositeur ici s'adresse, sans l'intermédiaire de la liturgie, directement et intensément à la mère du Christ. On adhère à la foi de Mozart, ou on s'incline devant le chef-d'œuvre.


Daniel COLOMBAT et son orchestre


 

(27 juin 2010)

Ce reportage a été réalisé par Monique Colin (photos) et Isabelle Chalumeau (avec les textes transmis par Daniel COLOMBAT)

 

 

 


    Monique Colin

 

Isabelle Chalumeau (écrivain public)
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Tel : 06.70.35.05.76
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