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Ça a le bruit du Reggae, ça a l'odeur du Re


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Ça a le bruit du Reggae, ça a l'odeur du Reggae mais c'est bien plus que du Reggae,
c'est Tiken Jah Fakoly.

Tiken Jah Fakoly est venu ce mercredi 6 mars au Term pour la sortie de son dernier album Françafrique. Ce grand rasta tout peacefull, dont les chansons rigoloroots commencent tout juste à percer dans nos contrées, est adulé en Afrique de l'ouest au même titre que le roi Bob. Pour comprendre le phénomène, il suffit juste d'écouter un peu ses paroles.

Tiken l'agitateur dénonce les abus des Mangercraties africaines. Tiken le professeur nous donne des Cours d'histoire Africaine et de ses rapports avec le monde. Tiken le révolutionnaire aide les ivoiriens à renverser Bédié. Tiken le démocrate rappelle au général Gay, alias Le caméléon*, ses engagements envers le peuple. Tiken l'ambassadeur africain en Occident prêche dans Françafrique la cause d'un continent détruit par l'esclavagocoloniomondialoccidentisation. Tiken le prophète redonne espoir à tout une jeunesse africaine qui a la galère heureuse.
Serait-il le nouveau messie ? En tout cas Jah a bien trouvé un remplaçant à Bob.

Maintenant lisez plutôt ce que Tiken a à dire. Comme quoi on peut méfu et rester conscient.



TNC : Une question un peu classique pour commencer tranquillement .Tiken Jah Fakoly ,ça veux dire quoi ?
Tiken Jah Fakoly : Je m'appelle Doumbia Moussa à l'état civil. Je suis né en 1968 dans le nord-ouest de la Côte d'Ivoire, dans une ville qui s'appelle Oudienné qui se situe à 950 km d'Abidjan. Donc Tiken c'est la déformation d'un mot malinké qui signifie petit garçon (...) :tieni, c'est comme ça que m'appelait mon père. Et comme j'ai commencé la musique avec un jeune anglophone (...) qui m'appelait Tiken je lui disais " non on m'appelle pas tiken c'est tieni, tu vois ! ". Mais un jour j'étais seul je me suis dis " Tiken c'est pas mal " donc j'ai gardé le nom en souvenir de mon père. Et puis le nom Jah c'est depuis longtemps. Même le maître m'appelait Jah quand il voulait me faire passer au tableau. Parce que tout le monde savait à l'époque que j'aimais bien le reggae. Je parlais de Bob Marley très très jeune. (...)Fakoly, c'est sur la route, un jour, que j'ai rencontré un vieux griot(...) qui me demande mon nom. Je lui dis " je m'appelle Doumbia Moussa ". " Ah ouai tu es un descendant de Fakoly Coumba Cokouli Damba, lieutenant de guerre de Soundiata Keita, (chef de l'empire du Mandingue qui sétendait sur la Guinée, le Mali, La Côte d"Ivoire, une partie du Sénégal) " (...)



Mais moi à l'école , on m'a pas parlé de mon ancêtre, et généralement c'est les lieutenants qui se mettent devant les balles avant que ça n'atteigne les rois. Je trouvais ça pas juste . C 'est pour ça que j'ai pris le nom Fakoly, Tiken Jah Fakoly.

TNC : Et tu trouves que ça te ressemble, être en première ligne... devant les balles ? Tu es un des premiers dans ton dernier album Le caméléon* à avoir dénoncé le général Gay (chef du coup d'état de décembre 99) et ses promesses non tenues, non ?

TJF : Ouai, je pense que si mon ancêtre me voyait , il serait fier de moi aujourd'hui. Je fais la guerre avec mes chansons.

TNC : En effet beaucoup pensent que t'as eu un rôle important dans les événements en Côte d'Ivoire depuis 99. Est-ce que tu essaies aussi d'avoir un message international ?

TJF : C'est à dire, je parle des maux de l'Afrique. J'essaie d'expliquer le pourquoi de ces maux. Et puis, j'essaie de proposer, parce que c'est vrai que c'est bien de critiquer mais il faut aussi proposer. Mon message est plutôt international, j'informe les gens j'éveille les consciences, j'éduque. J'explique, ici, pourquoi l'Afrique va mal.

 

TNC : Le professeur Tiken Jah et ses cours d'histoires....
TJF : Ha ha....

TNC : A la sortie du Caméléon*, est-ce que tu as eu des réactions du général Gay ?
TJF : Bien sûr , bien sûr qu'il a eu des réactions. Des réactions assez négatives. Par exemple je devais faire une émission de télé. J'arrive dans la cour de la télé, le réalisateur vient me voir et me dit de me barrer. Les militaires avaient pris le studio. Ils étaient tous là avec des flingues, tu vois... Ils m'attendaient, quoi...(...) On voulait vraiment arrêter cette histoire de Tiken Jah. Mais j'avais la chance d'avoir des amis auprès du général Gay, des jeunes militaires de sa garde rapprochée qui me prévenait à chaque fois que quelque chose se préparait contre moi.

 

TNC : Des choses qui se préparaient. Tu a risqué pour ta vie ? Tu as dû fuir ?
TJF : On ne voulait pas toujours m'éliminer directement, mais plutôt monter un coup, se battre avec moi en boîte, dire que j'avais bu de l'alcool alors que je n'ai jamais bu d'alcool, me salir quoi. A chaque fois que l'on parlait beaucoup de moi au palais présidentiel, mes amis m'appelaient " Jah l"actualité c'était toi aujourd'hui, faut que tu te barres ". J'allais chez un ami en dehors de la Côte d'Ivoire. J'allais pas à l'hôtel. J'allais chez un ami tranquille. Voilà quoi....

TNC : A propos de l'ivoirité, ce fameux problème de nationalité ivoirienne ; ya Alpha Blondy qu'a eu récemment des problèmes sur sa nationalité, on l'a traité de nordiste. Il a tout de suite été prendre sa carte au RDR (actuel parti au pouvoir). Qu'en penses-tu ?
TJF : Alpha fait ce qu'il veut. Moi je ne l'aurais pas fait (...), j'aurais fait un scandale. Je ne vais pas prendre la carte d'un parti politique. Je pense que si l'on veut sortir du sous-développement, si l'on veut éviter les guerres ethniques, il faut éviter cela. Il ne faut pas jouer le jeux des politiques. D'ailleurs mon passeport est bientôt fini. Je dois bientôt le faire renouveler.

 

Si on veut me créer des problèmes je préfère créer un scandale, que le monde entier sache qu'on m'a refusé mon passeport. Je ne prendrai pas de carte à un parti, j'ai pas envie de cautionner un parti.

TNC : Ca veut dire que tu ne penses pas que c'est les politiques qui vont sortir l'Afrique de ses problèmes ?
TJF : Pas ceux de cette génération. Des politiques comme Sankara(un ancien président du Burkina Faso) aurait pu sortir l'Afrique. C'est d'ailleurs pourquoi il n'a pas eu longue vie. Je donne l'exemple : Thomas Sankara vient en France, il rencontre Mitterrand.

 

Mitterrand lui propose des armes , il lui répond : " Non monsieur le président, le Burkina Faso est un pays proche du désert, un pays pauvre. Nous n'avons pas besoin d'armes pour nous battre, nous n"avons pas besoin de guerre. Monsieur le président ce que vous voulez me donner en arme, donnez moi l'équivalent en tracteurs. Que j"aille donner ça à mes agriculteurs, ils vont cultiver la terre, on va bien manger, c'est ce qu"il nous faut en Afrique. " Mitterrand a tout de suite vu que s'était un nouveau message pour l'Afrique. C'est rare. Tout ceux qui viennent , on leur propose des armes, ils prennent. Ils font des dettes au nom de leur pays ils s'en vont construire des châteaux etc... Sankara , il arrive, il donne de nouvelles idées.

 

Donc je pense qu'il faut pas désespérer, dans le futur il y aura des gens qui diront non et qui vont vraiment s'attaquer aux vrais problèmes de l'Afrique.

TNC : Revenons un peu à la musique est-ce que tu vois une différence entre le public africain et le public européen ?
TJF : Bon avant c'est vrai que je ressentais une différence. En Afrique, les gens chantent mes chansons quand je monte sur scène. Mais maintenant avec le départ du succès en France, c'est les mêmes réactions sauf que ici je ne joue pas dans les stades.... ah ah...mais je suis très heureux que la tournée se passe comme ça. Les gens commencent à chanter mes titres... en français surtout.

TNC : Ca sera bientôt en djioula, on va tous apprendre le djioula...
TJF : Pourquoi pas. Hier il y avait une fille devant, une française. Et à chaque fois que je faisais une chanson, elle chantait en djioula du début jusqu'à la fin. C'est trop fort, tu vois...

 

TNC :T'as fait déjà une tournée en France l'année dernière, t'as pu côtoyer des groupes de reggae français. Qu'en penses-tu ?
TJF : Je pense que c'est bien. J'ai fait des premières parties de groupes comme Sinsémilia. J'aime beaucoup aussi la musique de PierPolJak. (...) Je pense que tout ceux qui parlent, qui chantent des trucs contre l'injustice, qui parlent pour les sans-voix ; qu'ils soient blancs, jaunes, rouges, noirs, s'ils font du reggae, je pense que c'est positif. PierPolJak (...) on me dit qu'il était skin ou quoi... Moi je dis non , dans la vie on peut se tromper. (...) . Il a un passé un peu difficile mais si aujourd'hui il chante des choses positives il faut pardonner. J'aime bien PierPolJak, j'aime bien Sinsémilia.

 

TNC : Lorsque tu a tourné avec Sinsé, tu as pu visiter la France ?
TJF : Ouais je suis allé dans des coins avec Sinsémilia, Toulon... plein, plein de coins, j'ai vu que la France était vraiment un beau pays. Mais j'ai pas encore eu le temps de visiter vraiment comme il faut.(....)Mais j'ai un pied ici puisque j'ai ma fille qui va à l'école à Paris.

TNC : Tu as le temps de la voir un petit peu quand tu es en France ?
TJF : Quand je peux je l'amène en concert.

TNC : Elle va bien ?
TJF : Ouais, elle est grande, elle a 15 ans.

TNC : Donc elle vient à tes concerts avec ses copines ?
TJF : Ouai ah ah....

TNC : Merci Tiken .



* : Le caméléon est un album introuvable en France. Il est sorti en 2000 en Afrique suite aux événements de décembre 99. Le caméléon est le pseudo du général putchiste Gay qui aprés avoir viré Bédié a pris ses aises à la présidence (sic...) de la Côte d'Ivoire. Tiken, dans cet album, demande à celui-ci de tenir ses promesses et d'organiser des élections démocratiques, chose qu'il a faite depuis sous la pression populaire mais non sans bastons ethniquo-politiques et sanglantes..... Or au moment de la sortie du Caméléon, sortait en France Cours d'histoire. Il y a donc un décalage entre les sorties européennes et africaines. Après avoir attendu que Cours d'histoire se vende bien, Barclay ( nouvelle maison de disque de TJF) a préféré sortir une compil' avec quelques chansons du Caméléon, des anciennes comme Mangercratie et des nouvelles comme Le balayeur balayé, nous privant ainsi d'un album. Tiken avoue ne pas trop gérer tout ça et préfère prêcher la bonne parole dans ces conditions que de ne pas être entendu du tout en Europe. Comme le virus il faut parfois savoir infiltrer le système pour mieux le pourrir de l'intérieur.


Interview et photos : Andrisco