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Marie-Noëlle Lienemann ne regrette rien


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MARIE-NOELLE LIENEMANN NE REGRETTE RIEN


 

L'ancienne secrétaire d'Etat au logement du gouvernement Jospin, Marie-Noëlle Lienemann, a beaucoup fait parler d'elle dans le monde politique, mais aussi dans la presse... Fin août, son livre "Ma part d'inventaire" sortait et provoquait de nombreuses réactions... Si elle revient dans son contenu sur les évènements du 21 avril et critique l'attitude de Jospin, elle propose aussi une fine analyse des erreurs de la gauche dans son ensemble. En visite à Nancy hier pour débattre de ses écrits, elle nous a expliqués le pourquoi de "Ma part d'inventaire".

Certains se sont demandés ce qui était passé par la tête de Marie-Noëlle Lienemann à la publication de son livre... Elle, elle n'a aucun problème à l'expliquer, "j'avais peur que la gauche considère que la défaite du 21 avril n'était qu'un mauvais moment, moi je pense que c'est un vrai ébranlement." Du, coup en un peu plus de 150 pages, elle expose sincèrement son point de vue.
L'impact de "Ma part d'inventaire" s'est révèlé d'autant plus fort qu'il est sorti la veille de l'université d'été du PS à La Rochelle. Mais pour son auteur, le moment était venu. "C'était à la rentrée, on avait besoin de faire notre bilan pour remplir notre fonction d'opposition. Parce que pour être efficace, pour être entendu et convaincre, il faut tirer des leçons sérieuses pour voir où on s'est trompés." Alors les mots sont parfois bien sévères à l'encontre de Lionel Jospin, parfois précisons le bien, trop, "rigide", "pessimiste", "un peu court pour être président", et encore avec un "ego hypertrophié"... Ces attaques personnelles et directes contre l'ancien Premier Ministre sont marquantes dans les deux premiers chapitres, pourtant "Ma part d'inventaire" n'est pas seulement un livre critique, comme l'indique Marie-Noëlle Lienemann "ce sont les faits qui sont durs, donc je suis dure dans l'expression de ce qui s'y passe, très dure dans la façon dont il s'en va. De mon point de vue, on pouvait gagner, c'est pour ça que je suis en colère. On a été défaillants". Elle insiste tout de suite sur le fait que "toute l'analyse met en cause plus collectivement." En tout cas, globalement, la presse n'a retenu que ces citations, ces extraits très percutants envers la personne de Lionel Jospin et bien réducteurs par rapport à l'intérêt général du livre. "Les journalistes ne retiennent souvent que ce qu'ils ont envie de croire, ce qui fait scoop... et là ce qui faisait rupture avec le lourd pesant silence de la gauche." D'autant plus que Marie-Noëlle Lienemann ne manie pas la langue de bois et dit clairement ce qu'elle pense. "On avait tellement lu que que Jospin était un homme incontesté, alors forcément celui qui critique ouvertement a tout pris."

Le constat, deux mois après la sortie du livre, s'avère quand même bien positif, Marie-Noëlle Lienemann le résume d'ailleurs très bien, "l'accueil a été rude, mais le livre a été lu." Rassurant donc, puique hormis les critiques déjà évoquées, le livre revient à travers différents chapitres sur les causes probables de l'échec de la gauche et du gouvernement : l'application des 35 heures, le décrochage avec le monde salarié ou encore la désunion de la gauche plurielle. Marie-Noëlle Lienemann donne son avis sur ces questions, analysant les maladresses et s'interrogeant sur ce qu'il faudrait faire à l'avenir concernant ces points précis, "des choses plus lourdes qui imposent des changements de cap plus rigoureux", selon elle. D'autres ténors socialistes sont aussi pris à parti dans son livre. C'est le cas de Laurent Fabius, de Dominique Strauss-Kahn ou bien encore de Martine Aubry. Pas de problèmes là-dessus, elle assume complètement "ces critiques là pour une large part, je les ai toujours faites pour les grands, mais est-ce qu'elles avaient été entendues?" Elle donne l'exemple des 35 heures qui auraient pu être faites autrement pour les salariés des PME, elle parle aussi de l'erreur des 3 Smic... Tout est raconté sous la forme de questions réponses avec un journaliste, un choix qui s'est imposé à Marie-Noëlle Lienemann pour deux grandes raisons, "je n'ai pas eu le temps de peaufiner, je n'avais pas le temps de faire un ouvrage plus littéraire." Et puis, si elle était allé au bout de ses analyses, le livre serait devenu ennuyeux et aurait perdu de son impact selon elle. Avoir à ses côtés une autre personne lui a donc permis d'obtenir un résultat dont elle est satisfaite, "si je n'avais pas été accompagnée, je n'aurais pas été poussée dans mes retranchements", explique-t-elle et la franchise, c'est ce qu'elle voulait. De tout façon, "c'est plus agréable et plus efficace pour faire passer un message."

Malgré les attaques, les reproches et les critiques, Marie-Noëlle Lienemann n'a aucun regret par rapport à ce livre et à son contenu, "si certaines formules ont été nuancées, d'autres sont plus dures, c'est vrai que je n'aime pas blesser... dans tout cela, le plus malheureux, ce n'est pas Lionel Jospin, mais ceux qui attendaient une autre politique et qui ne l'auront pas." Dans le sillage de "Ma part d'inventaire", d'autres politiques ont eux aussi osé parler et donner leur avis franchement, comme Jack Lang qui trouve la campagne de Jospin "mauvaise". Jean-Christophe Cambadélis, proche de l'ancien Premier Ministre, a lui aussi donné son opinion sur la question, "il pensait à la gauche plutôt qu'à la France." Interrogée sur la remise en cause de la gauche depuis la défaite du 21 avril, Marie-Noëlle Lienemann juge la situation loin d'être gagnée. "Je pense que toutes les leçons ne sont pas encore tirées. Il n'y a encore que des balbutiements de prise en compte , ça frémit. Mais la grande question c'est : est-ce que c'est suffisant pour réorienter stratégiquement le PS et la gauche ?" Elle espère qu'au prochain congrès du PS en mai, la gauche se sera relevée "pour être en phase avec tous les gens qui nous regardent."

24/10/2002
Erica WALTER