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Explosive LuLu Borgia


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Explosive LuLu Borgia

Il était une fois, une jolie fée blonde... game over... la fable s'arrête tout de suite. Le conte de Lulu n'a rien à voir avec Cendrillon, mais ressemble davantage à un royaume de glace-murailles, de gargouilles, de cuites à la Guiness et d'absinthe. Un univers relatant un monde médiéval et l'agonie du pauvre Bascoulard. Et le tout exprimé de manière enjouée, puisque Lulu n'omettra pas au passage de vous souhaiter un joyeux naufrage.
Le 3è album de Lulu Borgia "Chair Publique" est tombé dans les bacs sans préavis, un CD de 10 titres, dont 7 inédits, enregistré en public au cours des 4 semaines passées sur la scène du Théâtre des Déchargeurs à Paris. Sélection Nouvelle scène française avec Ginger Ale, Katerine et Mickey 3D entres autres, elle était en showcase à la FNAC de Nancy pour y présenter "Chair Publique".
Une rencontre troublante et un spectacle qui prend à la gorge...


"Trois mouches volent sous le plafond blafard/Mon coeur lourd mon coeur dur m'a clouée sur le dos/C'est l'été/Il fait beau"..., "C'est un temps rien qu'un temps dans la danse macabre/Un temps de testament un temps de candélabre/C'est un temps"... En attendant Lulu Borgia, des bribes de ses chansons pour le moins intrigantes reviennent en tête. Des textes incisifs, une instrumentation vive et une voix soutenue, imposante et grisante. Une manière quasi masculine dans l'interprétation grâce à la force qui en émane. En écoutant "Chair Publique", on saisit la valeur de l'expression "y mettre ses tripes". Toute volonté de promotion mise à part, Lulu Borgia est vraiment une artiste exceptionnelle. Impression confirmée lorsqu'on la rencontre et voit sur scène. Il se dégage d'elle un tel enthousiasme et une telle rage de vivre qu'on ne peut qu'être happé et séduit par tant d'énergie. Il y a un côté Jacques Brel très émouvant dans son timbre lorsque sa voix s'envole.

 



Bref, lorsque l'on parle de Lulu Borgia, on a envie de dire tellement de choses que l'on craint de tomber dans les clichés. Alors on l'écoute parler. Parler d'elle, de ses débuts, de son album, de ce qu'elle aime et de ce qui l'emmerde royalement. Parce que si Lulu a tout de la bonne vivante, il y a plein de choses qui lui tapent aussi sur les nerfs, et elle en parle.

A 7 ans, elle joue du violon et de la batterie. A 15 ans, elle se jette sur la guitare et s'amourache de la basse quelques années plus tard. Un premier groupe de rock "Urgeance" ( avec notamment Bruno Giglio son violoniste actuel ) puis un second, "Chronique Métropole". "Certains font une famille, d'autres poursuivent leur rêve d'ado" émet-elle pour expliquer le split des groupes. Et puis Lulu rencontre celui qui désormais sera son double ou son complément, Jean-Pierre Joblin, auteur de BD et parolier.

 






Le duo fait mouche, c'est le jackpot de la complicité. "J'ai lu ses textes et j'ai réalisé qu'on avait le même imaginaire : une façon de cerner le quotidien avec un prisme différent". S'ensuit une collaboration évidente entre les deux artistes, coopération grâce à laquelle Lulu saisira enfin le micro pour donner de la voix. "Même si ce n'est pas moi qui écrit les textes, je revendique chacun des mots car on travaille vraiment ensemble. Le fonctionnement de la pensée m'appartient. Mon éducation est musicale, j'ai l'impression d'avoir toujours connu la musique. J'ai plus de plaisir à monter des sons que de mettre des mots sur les choses. C'est pour ça que je n'écris pas les textes, ça ne m'intéresse pas".
Peu importe, la recette fonctionne.

Après avoir pris quelques musiciens, découlent de nombreux concerts à Paris et en banlieue, des concours dont elle sort souvent lauréate, mais le grand démarrage se fait attendre. " Au début on m'a dit que j'étais folle, que je ne vivrais jamais de la chanson si je ne réduisais pas l'équipe musicale. C'est difficile de prendre tout un groupe ! Quand on a rencontré Jean Favre, il nous a dit "structurez-vous" et nous a donné l'occasion de jouer au Tourtour (ndlr :Jean Favre en est le directeur), où Mano Solo a enregistré un album live il y 2-3 ans. J'avais réduit la formule à l'acoustique : piano, violon, violoncelle. Puis on s'est payé une attachée de presse, on rencontre Noël Balen qui a signé La Tordue chez Média 7 et qui nous dit "je vous signe en août". Et là on découvre la vie de terrain et on se dit "waouh, ils sont tous sympas !" (rires)
Un premier album en 1996, "Luxe, Bordel et Voluptés" suivi de "Turbulences et Dépressions" en 2001. Des titres au vocabulaire bien évocateur qui éloigne la chanteuse de l'image fleur bleue. "Dans la chanson, il y a souvent une tendance à l'intimiste chez les filles. Moi, j'ai des coups de gueule, 68 est passé, on a oublié. Dans un groupe, en général, la femme a la place de chanteuse. C'est la carte de visite. Mon tempérament est de me battre. C'est plus difficile de se

 

défendre en tant que femme car on est peu nombreuses. Mais j'ai bon espoir avec les hommes avec qui je travaille. Pourtant je me suis déjà retrouvée dans des situations bien machistes. On est dans un monde d'hommes, alors quand on sort des sentiers battus...Quand on voit un mendiant homme, on se dit que c'est triste. Lorsqu'il s'agit d'une femme, on trouve ça pire ! Pourquoi ? Toujours cette idée que la femme doit être protégée. Dans la chanson, c'est pareil. Les filles doivent chanter le printemps, la douceur. Je me donne le droit de dire ce que les hommes disent. C'est mon féminisme engagé à moi. Mais je sais aussi chanter l'amour... mais en râlant. C'est une douce révolte en même temps. C'est ma nature".
"Chair Publique", troisième opus, est un album à son image, à l’image de son énergie, un album qui unit instruments acoustiques et arrangements électroniques.
"Aujourd'hui, la chanson tu ne peux plus la cataloguer car il y a des fusions". Après avoir réduit la formule piano-violon pendant 2-3 ans, Lulu a eu besoin de retrouver de l'énergie, de revenir à une fusion de tout ce qu'elle aimait.

 

Bruno Giglio a amené la partie rock folk, Etienne Gauthier l'électro et Jérôme Gauthier (qui n'est pas le frère d'Etienne précise-t-elle et qui remplace Patrick Jean-Joachim) la partie très rock. "Je veux des artistes ouverts, que chacun ramène sa couleur et me surprenne. Mais je resterai toujours le garde-fou !(rires) Je donne une cour de récré et eux s"amusent à l'intérieur".
Enregistré au Théâtre des Déchargeurs, ce dernier album est précieux aux yeux de Lulu Borgia. "Il a une vraie couleur" indique-t-elle. "Cet album, je l'ai voulu en public car on dit toujours "Lulu, faut la voir sur scène". C'est incontestablement un album charnière. Le deuxième album a été un no man's land. Ca a été un album de transition. Avec Chair Publique enregistré aux Déchargeurs, je reviens à mes sources. Je suis une diseuse, je n'ai pas la voix d'Arno. Je défends une façon d'aborder le quotidien. Amusons-nous avant de sauter dans le trou".
Elle semble avoir trouver ses marques, et pas moyen de l'en déloger. Elle aime le côté obsessionnel et répétitif de l'électro tout en aimant la pop anglaise.


Elle aime Nick Cave, Arno, le cabaret décadent. Elle aime aussi les femmes au rock anglais surtout, car elle se sent elle-même dans cette énergie ; Patti Smith, Tina Turner, Tracy Chapman... Et puis Barbara et Nina Hagen... sans oublier les Sex Pistols et Mozart. "
Quand t'es dans le créneau chanson, voire chanson française, les rockers disent souvent que tu fais des mots, pas de la musique. J'ai prouvé que l'on pouvait faire des mélodies avec le piano et le violon. Aujourd'hui, je voudrais reconquérir le public et le ramener vers le rock. La sélection se fera de façon naturelle. On a aussi resserré notre univers. Je développe un pessimisme joyeux. Comme la musique tzigane ou les Rita Mitsouko. Regarde Marcia Baila, c'est fort de faire une chanson si dansante alors que c'est une chanson qui aborde le sujet du cancer".
Avec "Chair Publique", Lulu remarque que certains titres touchent davantage son auditoire, comme "Temps Médiéval" qu'elle souhaite réadapter de façon plus électrique sur le prochain album.
"En plus, c'est une chanson de secours au cas où l'ordi pète ! C'est une chanson directe au niveau des mots, mais ovationnée. C'est davantage ce que l'on fait maintenant, être compact tant dans la musique que dans les textes. Il y a une mâturité qui se dégage de cet album. Et puis dans le nom "Chair Publique", il y a un côté charnel. Je suis meilleure si le public est bon." (rires)

 

Que le public soit curieux, c'est aussi son combat, redonner sa couleur au spectacle vivant. "On est trop habitué au Dieu télé, alors pour grandir, il faut manger de la soupe. Il faut encourager les gens à sortir de chez eux, à aller voir des artistes qu'ils ne connaissent pas. Il faut prendre le risque que ça déplaise, il faut faire un effort. Mais pour celà, il faut que les villes donnent une chance et des conditions ne serait-ce que pour donner une scène. Tisser des réseaux pour permettre aux groupe de tourner plus. Il faut encourager une vie de ville dans la ville... c'est utopique ?"
Plus elle tourne, plus elle est vivante. Pour elle, un CD est un moyen d'arriver à la scène car son truc, c'est définitivement le public. Alors un nom comme "Chair Publique " sonne plus qu'une dédicace. Pour l'instant, Lulu Borgia et le reste de la troupe cherchent surtout à peaufiner ce qu'ils ont mis du temps à travailler. "Comme un texte, on a une idée de chanson et faut lui faire cracher le meilleur. Je veux qu'on me donne les moyens de continuer à faire ce que je veux ; c'est la quête, comme la chanson de Brel. J'aime l'effervescence, j'ai besoin d'être en action. En tout cas, je ne me laisserais pas manger
".
Voilà les aventures de Lulu, une artiste au coeur tendre mais à qui on la fait pas. Un délicieux périple dans lequel certains se lancent tête baissée, puisque des personnes de son entourage n'hésitent pas à parcourir 100 ou 200 kilomètres pour partir en tournée avec elle. "Il y a un côté famille choisie qui fait un peu cirque, mais ça nourrit, les amis..."


plus d'infos sur le site officiel de Lulu Borgia : http://perso.club-internet.fr/lborgia
voir le dossier consacré à Lulu Borgia sur le site L'Art Scène : http://www.lartscene.com
25/03/2003
Julie Marchal