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Notorious fête ses 10 ans


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Dans la grande famille des musiques amplifiées accouchées par la scène musicale lorraine, un groupe caracole minutieusement. Plutôt bien conservés après une décennie de gammes et de vocalises, les Notorious fêtent cette année leurs dix ans ; un anniversaire marqué par deux concerts exceptionnels qui se dérouleront les 1er et 2 février au Triphasé (anciennement Péniche le Niagara).

Rencontre, quelques jours avant l'événement, avec Mathieu qui se livre au jeu délicat du flash back. Moment d'introspection, souvenirs, ambitions pour l'avenir...

Il était une fois...

On peut d'ores et déjà présager deux concerts complets. Pour fêter leurs 10 ans, les Notorious n'ont pas lésiné sur les moyens. Meriem, Ben, Beps, Mathieu et une centaine d'amis proches mettent le grappin sur le Triphasé, quitte à distribuer bouées et gilets de sauvetage. Avec Le Crapo des Marais en première partie et diverses surprises qui devraient jalonner la soirée, on peut pronostiquer quelques débordements... Divulgation en avant-première : tout ceux qui ont participé à l'aventure Noto seront commis d'office. Avis aux nostalgiques de la première heure, les cuivres et claviers sont de retour, les morceaux d'antan sont ressortis des placards, les 5 ex-Noto-pipole reviennent sur scène... great revival ! Et comme Notorious version 2003 vient d'enregistrer une nouvelle maquette, deux morceaux seront joués "en exclusivité intergalactique" selon les dires de Mathieu. Si ça c'est pas du scoop !

Ca, c'était pour la promo. Côté confessions intimes, on a voulu en savoir un peu plus sur le phénomène Notorious. A Nancy, on les connaît, mais en attendant de voir des éditions à tire-larigot de leur biographie, on s'est dit que pour marquer le coup des 10 ans, un bref récapitulatif s'imposait et pouvait être utile (pour aussi alimenter les futurs dossiers de presse). (Re)mise au point sans embarras, entre hommes (?).

Pour commencer, fin à toute rumeur : Notorious is alive. Des bruits couraient quant à une certaine perte de vitesse, certains ont même imaginé le split... Le groupe ne s'est jamais aussi bien porté. En avril 2002, le deuxième album La Machine est dans les bacs (lire à ce propos la chronique sur W-Fenec), depuis, une cinquantaine de dates pour le présenter au public. "Au départ, on avait une petite appréhension, mais finalement on a de bons retours pour cet album. On a touché un nouveau public et fidélisé le premier. Le côté funk est moins présent, on a dégagé notre énergie scénique, retravailler les atmosphères, on a récupéré le groove, l'aspect dansant de notre musique. En fait, cet album est plus proche de ce qu'on peut faire en live". Deux albums, deux aspects des Notorious ; le groupe vient de digérer ces deux périodes et s'apprête désormais à plonger dans une "nouvelle phase de maturité". Vous avez dit perte de vitesse ?

1993 : L’Olympique de Marseille est la première équipe française à gagner la coupe d’Europe des clubs champions, le Festival de Cannes est présidé par Louis Malle et Notorious voit le jour à Pont-à-Mousson. S'ensuivent les premières compositions et le premier concert à la fête du collège Jean Marquette devant... 600 personnes. Le début de la gloire. "Notre première compo Drugs était un vrai tube dans note bahut !!! On la rejouera d'ailleurs au Triphasé" révèle Mathieu. Une exception car ce hit est aujourd'hui introuvable. Certains morceaux du groupe ont plus la cote que d'autres. Le plus réputé est encore Sexy Funky Monkey (album Funky Way of Life), édité à 50 000 exemplaires sur un sampler Guitar Part. En ce qui concerne La Machine, Mathieu semble déceler une préférence pour L'animal et Révolution.

Pour le moment, l'équipe traverse une "grosse période créative". Compositions, enregistrement de la nouvelle maquette, démarchage auprès de labels indépendants en Belgique et de maisons de disques à Paris... bref, toute la face cachée du travail d'artiste. Doucement mais sûrement, Notorious tisse sa toile. "On rencontre surtout les gens de la profession pendant les concerts car c'est là qu'ils voient l'esprit des Notorious. Le travail en studio est aussi intéressant, c'est une analyse microscopique qui ressort décuplée, c'est la phase de réflexion. Mais la scène, c'est un peu la récompense de toutes les heures passées à travailler" explique Mathieu. "On fonctionne au coup de coeur. Si on passe des heures à tourner en rond, à se prendre la tête sur un morceau, on laisse tomber. Si ça ne fonctionne pas pour nous, ça ne fonctionnera pas non plus pour ceux qui nous écoutent. Cela ne veut pas dire qu'on oublie le morceau, on peut le ressortir plus tard... le nombre de titres qu'on a retrouvés sur des cassettes !!! Il y a par exemple des morceaux qui ne passaient pas du tout sur Funky Way of Life. On les a mis de côté puis ressortis pour réutiliser l'essence de l'idée". De l'eau à coulé sous les ponts entre les deux albums ; les connaisseurs ont d'ailleurs remarqué la différence entre les deux opus, mais la touche Notorious demeure intact. Changement de musiciens, changement de "style", et ce n'est pas fini. "Meriem est la dernière à avoir intégré le groupe. Sur La Machine, elle n'a participé qu'à deux morceaux donc cet album n'est pas le reflet de la formation actuelle des Notorious. Donc le troisième album peut encore prendre d'autres directions, mais l'esprit Noto sera toujours là" poursuit-il. Evolution logique...avec des machines... un peu d'électro... mais point trop n'en faut... ne rien dévoiler pour le moment. "On amorce un gros virage dans nos têtes, on recherche un style plus arrêté sur nos idées. Certains d'entre nous ont eu des expériences musicales extérieures, comme par exemple Beps qui fait de la contrebasse au Conservatoire depuis environ un an.

D'autres s'essaient au bidouillage électronique, explorent de nouveaux terrains. On est allé voir à l'extérieur pour tout ramener à Notorious car notre musique n'est pas limitée". Le but étant de trouver une unité, les Noto ne s'interdisent rien à condition de respecter "l'obligation de plaisir, donc de qualité et d'intégrité" dans ce qu'ils veulent donner. "On pourrait très bien faire de la musette, pourquoi pas, du moment qu'on essaie de ne rien laisser sur le pavé". Mais à force d'explorer, n'y a-t-il pas un risque de se perdre ? Les Noto ont-ils un comité d'écoute particulier ? "On essaie de provoquer une écoute intelligente. L'avis des potes comptent, certains écoutent nos morceaux en priorité. En ce qui me concerne, l'avis de ma copine est important. Ce sont des gens que je connais bien et qui n'hésitent pas à me dire si c'est de la merde. Après, il faut passer l'oral, c'est-à-dire rôder les morceaux sur scène".

Notorious a indéniablement touvé sa place. Membre de la grande famille des musiques amplifiées, le groupe ne se situe pas forcément en terme de hiérarchie. Eux se situent plus dans la case fusion "sans faire ni du Red Hot ni du Rage Against The Machine". Mathieu s'explique : "On utilise l'essence de plusieurs mouvements, groove, funk... On essaie d'avoir l'énergie acérée du Métal, l'intensité des groupes Punk et des passages plus posés, plus émotionnels, je dirais presque à la Bjork. On essaie de puiser l'essence de ces mouvements qu'on aime. Tout comme on va tenter de puiser l'essence de l'électro. Mais attention, cela ne sera qu'un grain d'électro", à la sauce Noto, on l'aura compris.

Alors avant d'en arriver là, quelles sont les étapes importantes qui ont jalonné leur parcours ? Anecdotes, péripéties, joies, galères... Même si pour Mathieu, les mauvais souvenirs sont digérés comme des expériences, il revient sur certaines périodes un peu noires. Un grave accident de la route en 1998 sur lequel il ne veut pas trop épiloguer ; deux mois de concerts annulés dont un avec Oneyed Jack. "La première fois qu'on a rejoué, c'était à un concert avec Big Soul, on était sur scène avec des béquilles. Maintenant on en rit...". Les autres moments durs sont incontestablement les périodes de nouvelles formations. "A chaque fois, c'est une digestion très difficile. C'est comme dans un couple, après quelques années de vie commune, quand c'est finit, ça fait mal... Alors les voir revenir pour les 10 ans, c'est incroyable !". Afin d'éviter une tournure un peu glauque, nous laissons de côté les idées noires pour laisser place aux traces positives. Premier bon souvenir, l'enregistrement de la première maquette à Paris. "Enregistrer toutes nos premières compos dans un vrai studio, c'était du pur délire. Là on s'est dit : c'est cool la musique ! " se remémore Mathieu. "On vit pour la musique, mais on ne vit pas encore de la musique" poursuit-il. "On est conscients d'avoir une grande chance aujourd'hui. Mais à l'époque, on était dans l'euphorie et on avait envie de la partager avec des potes comme le groupe Tawn qui venait aussi de Pont-à-Mousson... et qui ne s'appelait pas encore Tawn d'ailleurs". Une euphorie qu'ils exigent constructive, pour que le plaisir devienne de la qualité. "On peut flamber, mais le but est que ce soit durable".
Comme tout groupe qui commence, il y a les premières scènes et donc les premières parties. Première rencontre saisissante, Oneyed Jack, en 1995 au Métro à Nancy, suivie d'une année de rendez-vous avec Nada Surf, Silmarils ou encore Big Soul. "C'était passionnant de se confronter avec des gens qu'on admirait, mais sur notre propre terrain, un terrain commun, celui de la musique. C'est vrai qu'il faut savoir tirer son épingle du jeu lorsque le public attend la tête d'affiche. C'est un défi supplémentaire, la mission est de donner le maximum, on est les chauffeurs de salle... même quand t'assures la première partie de Nada Surf et que tu te retrouves devant un public Fun Radio".

Découlent la période des tremplins régionaux, la finale du tremplin Grand Est du Printemps de Bourges en 1995, la parution de Sexy Funky Monkey dans Guitar Part... et l'enregistrement du premier album en 1998. "Cet enregistrement est forcément un événement marquant dans l'histoire des Notorious. Deux fois dix jours dans le Sud pour enregistrer la première galette du groupe, dans une structure de rêve. On bossait comme des dingues toute la journée et le soir on se préparait pour le lendemain. Mais ça a payé car on on l'a sorti en autoproduction et plus tard, il a été distribué par SCALEN qu'on avait rencontré au Festival du Premier Disque à Chambéry. Ensuite on a fait 90 dates par an pendant deux ans. Tu peux faire de l'autoproduction et travailler avec des gens qui vont vraiment t'aider. Pas besoin de chercher loin. La Machine, on l'a enregistré à Toul, grâce à Jean-Charles Lagouttière qui nous a prêté son studio".

Clairvoyant, Mathieu veut rester en autoproduction pour garder toute l'autonomie et la liberté d'action qui définit son groupe. "On préfère bosser à notre rythme, sans pression et sans directives. On mise sur ce qu'on ressent et sur ce que nous disent les gens qui nous écoutent. Actuellement, on en est à plus de 450 concerts donc on a une expérience humaine énorme. Un concert des Noto, ce n'est pas uniquement un groupe plus un public, c'est une communion. On n'est pas inaccessibles, on privilégie les contacts avec ceux qui viennent nous voir. Tu leur passes une émotion particulière, ils te répondent. Si il n'y a pas de répondant, on ne se pose pas de questions et la magie n'opère plus. Il faut rester à l'écoute, c'est important". conclut Mathieu.

Que leur souhaiter pour les dix prochaines années ? "J'espère qu'on fêtera le 20ème anniversaire ensemble !" Noté.


site officiel de Notorious : http://www.notorious.fr.st




29/01/2003

Julie Marchal