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holden : en etat de grace


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HOLDEN : EN ETAT DE GRACE

Quelques minutes de finesse… rien de moins, voilà ce que nous a offert, vendredi soir, Holden. Une date à Nancy qui tombait plutôt bien. Eh oui le 14 février était aussi le jour où le monde entier allait savoir si la troisième guerre mondiale allait éclater… difficile de réaliser cela en écoutant ce groupe. Holden a servi un savoureux cocktail de chanson française, de pop, de sonorités jazzy, d'électro teinté de latino… et a touché juste en jouant sur le registre des émotions. Le public, plutôt bien réceptif, a suivi le groupe aussi bien sur des chansons très douces pleines de grâce et, dans des moments plus "rock" jamais à l'excès.

Novateur dans le paysage musical français, Holden l'est assurément. Se créant son propre style à partir de multiples influences (on n'invente jamais totalement), Holden a sorti son premier album en 1998. Un coup d'épée dans l'eau, pourrait-on dire… seulement 6 000 exemplaires écoulés… Oui mais, "si ça ne s'est pas vendu, c'est pour plein de raisons… on était sur le label Lithium, c'était un peu cheap", commence Armelle. Difficile de dire effectivement que la production a soutenu réellement le groupe et ce disque. Toutefois elle nuance, "L'Arrière monde était artistiquement un peu moins ouvert." En tout cas, à l'époque, Holden ne s'offusque pas de ce peu de reconnaissance de la part du public. "On s'en foutait complètement, notre optique n'a jamais été très commerciale", affirme-t-elle. Evoquer cette première étape dans leur carrière n'a donc rien de douloureux pour le groupe. "C'est un album honorable, mais on n'avait pas de moyens, on était obligé de combler par autre chose : l'énergie… c'est un album fait à la force du poignet", insiste Armelle. L'accouchement du deuxième album, Pedrolira, a été en tous points beaucoup plus naturel. "C'était beaucoup plus tranquille, on avait enfin le groupe pour le faire". Pour ce deuxième album, Evans Evans (synthé) et Richard (basse) ont effectivement rejoint Armelle (chant), Mocke à la gratte et Pierre Jean à la batterie.
Ce fameux Pedrolira que la presse hexagonale ne cesse d'encenser n'est sorti que depuis quelques mois, mais semble déjà avoir marqué les esprits. Il y a sans doute de quoi… Cet album a été enregistré en France, rien de bien extraordinaire là dedans,… mais a été mixé au Chili dans l'antre de Monsieur Uwe Schmidt, encore connu sous le nom de Señor Coconut, une référence dans le monde de l'électro… Une rencontre et une collaboration initiées par nos frenchies, "on avait fait
nos maquettes et fait une petite liste de producteurs
", raconte Armelle. Celles-ci ont finalement atterri chez Uwe Schmidt qui a pris contact par mail avec le groupe. "On ne l'avait jamais rencontré à cette époque là, mais rapidement on s'est dit que c'était l'homme qui nous fallait", témoigne Armelle. La conception de la musique des deux côtés s'avère être parfaitement similaire. "On aimait vachement sa démarche : pour lui, la musique, c'est super important… mais en même temps, il ne faut pas se prendre la tête", indique-t-elle. Richard et Pierre Jean soulignent en chœur les qualités de cet homme. Un respect mutuel s'est donc installé et le travail n'en a été que meilleur, "il n'a pas essayé de nous entraîner vers quelque chose, il est resté très fidèle par rapport à ce qu'on voulait faire."
Le résultat est admirable : Pedrolira se joue des styles, des époques et propose de se laisser emporter sur la musique tout simplement. Outre le très pop, "C'est plus pareil", la musique d'Holden oscille entre sonorités d'ici et d'ailleurs comme l'attestent "Une fraction de seconde", "Série B"… La réussite du groupe est d'avoir aussi su faire de Pédrolira un album cohérent s'écoutant du début à la fin sans s'en rendre compte. Cette musique si différente de ce que les radios ont l'habitude de diffuser peut surprendre, "les gens ne savent pas trop où nous mettre", constate Pierre Jean. Et oui, Holden est inclassable, une particularité que le groupe n'a pas consciemment recherché, "C'est pas voulu… à la base, c'est juste qu'on essaie d'éviter les clichés", indique Richard. "Les clichés, c'est chiant, c'est juste médiocre", ajoute Armelle.

Si le groupe fonctionne désormais à cinq, Armelle et Mocke incarnent quand même bien l'âme d'Holden. Les deux se sont rencontrés il ya de cela... longtemps et ne se sont pas quittés depuis. Ils sont partis ensemble à Dublin pendant quatre ans et ont écumé les bars pour y jouer. Puis ils sont revenus, toujours ensemble, de cette expérience étrangère. Armelle tient à préciser, "on n'a jamais eu envie de faire un duo, notre optique, c'était de faire des groupes… mais c'est vrai qu'on compose ensemble." L'un des deux se met au travail et le propose à l'autre. "On a un embryon de morceau qu'on transporte en répet', et c'est là que ça devient un morceau
d'Holden"
. La complicité entre Armelle et Mocke est visiblement très forte et représente un moteur créatif. "Ca fait tellement longtemps qu'on se connaît, il n'y a aucun tabou, aucune appréhension… on se fait assez confiance, s'il me dit qu'une idée est pourrie, je l'abandonne. C'est un jugement assez objectif, c'est assez précieux… si on n'avait pas ça?…" explique Armelle.

Pedrolira met aussi en avant un côté très intimiste du groupe entre les arrangements très recherchés et riches et bien sûr la voix d'Armelle, douce et posée. "C'est un côté que j'aime vachement, mais c'est pas notre seule facette, on en exploitera d'autres", confie Armelle. D'ailleurs si en live le côté intimiste est toujours présent, Holden cherche aussi à se montrer sous un autre visage, "les versions sur scène sont beaucoup plus
rock
", insiste Richard. "Señor Coconut a écarté les morceaux les plus rock sur l'album, ça se trouve comme ça, mais pour le prochain album..." ajoutent-ils tous deux. En tout cas, la relation entre le groupe et le public semble se passer pour le mieux en concert, "là où il est le plus attentif, c'est sur les morceaux intimistes. C'est plus dur à imposer, c'est un peu un challenge à relever. C'est tellement facile de faire sauter les gens, c'est presque devenue une recette facile. Alors que quand t'arrive à choper l'auditoire avec des morceaux doux et avec des messages subtiles, c'est plus tripant", livre Armelle. Certains devraient peut-être prendre exemple...
Erica WALTER
17/02/2003


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