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Mael : L'extrême arrogance du poisson rouge


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Ne surtout pas se fier aux apparences. Officiellement, c'est un jeune chanteur à l'air timide qui avoue une passion pour la récolte du miel et le plaisir de musarder à la fraîche. Publiquement, c'est un jeune interprète à la voix discrète qui s'accompagne d'une guitare faisant trois fois sa taille. Apparemment, c'est un jeune parolier aux textes romantiques avec des titres tels que "En pensant à toi", "Les beaux regards" ou "La mer sur les toits". Un genre de Françoise Hardy transexuée. En réalité, Mael est un artiste aigre-doux, un faux calme, un Jekyll et un Hyde à la fois. Un schizo qui ne pratique pas la langue de bois, à la limite de la provoc'. Une vraie peste comme on les aime....
Rencontre avec le chanteur magnétique lors de son passage à Nancy, où il est venu présenter son 1er album "L'extrême arrogance du poisson rouge".

"Les 12 chansons de "L'extrême arrogance du poisson rouge" présentent une série de petites histoires où se mêlent poésie surréaliste et mondes à la fois drôles et tragiques". Voici la présentation officielle du premier album de Mael sorti en 2002 chez EMI.
Il a tout l'air de l'artiste fleur bleue solitaire, marchant seul dans la campagne lavalloise (il est originaire de la Mayenne), s'éloignant vers l'horizon crépusculaire, éternel incompris. Une allure un peu gauche, une expression réservée, un sourire respectueux. Le genre de bonhomme attaché aux valeurs de sa province et débarqué par erreur sur les grands boulevards de Paname. Erreur : Mael n'a rien d'un écorché vif. Sa campagne natale, il la trouve "super chiante" car, selon ses propres mots, il s'y est trop emmerdé petit. Quant au rêve de l'ascension parisienne, rien à faire, "c'est des ringards dans le showbizz, avec leurs soirées champagne et leurs sourires en coin". Voilà. Donc lui c'est Mael, un jeune artiste chantant d'un air innocent des textes sérieusement ambigus sur des mélodies bon enfant. Avec une nonchalance qui en fait pâlir plus d'un comme il le mentionne : "Mes chansons "Demain Matin" et "Attachée t'as toujours été très belle" m'ont valu quelques problèmes, genre procès, avec deux associations. Une de catholiques et une autre de féministes. Parait que c'est des chansons trop ambivalentes...".
Jeff Buckley, Nick Drake, les Beatles, les Kinks, Brassens... composent la sphère de Mael pour une pop-folk-chanson française honorée sur scène avec trombone, tuba, guitares, percus.

L'album de Mael est une belle surprise. Le contraste entre son allure d'adonis et l'acidité de ses textes sur fond de musique semi-allègre est troublant. Tout est question de degré. Mael n'est ni benêt, ni candide, ni bonne poire. Juste un peu caustique, le palier entre la douceur du miel et la piqûre de guêpe.

"L'extrême arrogance du poisson rouge" ressort ce 15 avril, c'est une aubaine. Une seconde mouture qui comprendra un morceau live et deux nouveaux titres dont un texte de Jorge Ben, "A Minha Menina "(1963), qui sera réadapté et renommé "Nous ne sommes pas des sauvages". Tout un programme. "J'ai une relation particulière avec EMI puisque j'y bosse comme un indé. Je bricole tout chez moi, je fais mon bonhomme de ch'min sur scène. "L'extrême arrogance du poisson rouge" a une bonne retombée pour un indé chez une major. Déjà, la rencontre avec eux a été curieuse. Un jour je rencontre Patrick Bonnet qui a été le manager des Little Rabbits et la Mano Negra entres autres. Il faisait son marché car il voulait placer un groupe à lui chez EMI. J'en ai profité pour lui filer une cassette. Une semaine et demi après j'avais un rencart avec la major et j'ai signé à l'ancienne".

 

La sortie de l'album l'an passé se fait discrète, médiatiquement parlant. " 2002 a vraiment été une année de mise en place, on a préféré se rôder sur scène et pas faire trop de promo". Et comme ça marche plutôt pas mal sur scène (Mael a notamment fait les premières parties de Miossec), voilà pourquoi l'album va connaître une renaissance. Pour l'instant, l'impression est bonne et se fait en deux temps. D'abord, Mael découvre ses chansons sur scène, puis Mael se découvre dans les médias, ce qu'il trouve captivant. "J'ai fait des passages sur France Inter, France Culture... et alors ? Je ne crache pas sur les radios, au contraire, faut bien un moyen pour se faire connaître. Tant que tu fais des chansons avec respect, t'as rien à te reprocher. Pourquoi mépriser certains journaux ou certaines radios ? En général c'est parce qu'ils ne parlent pas de toi, c'est tout. Mais je préfère quand même les fanzines ou les webzines. Y a pas toute cette pression commerciale autour d'eux, les journalistes sont plus passionnés, ils feront plus facilement des kilomètres pour venir te voir. Enfin c'est ce que j'en pense..."
Cependant, il ne s'agit pas de "Mael à la découverte du pays du showbizz". Mael n'en est pas à ses premières armes puisque durant 5 ans, il a fait partie du groupe feu Twirl of Comics (deux des musiciens jouent encore avec lui actuellement). Un groupe de rock à l'anglaise qui a vendu un peu plus de 10 000 albums -un instrumental de Twirl of Comics est en projet-, mais qui, fatigué des promesses non tenues, a splitté. "Ce que j'ai fais à cette époque est radicalement opposé à ce que je fais aujourd'hui." indique Mael. "C'était comment dire... plus électrique. On jouait pas mal en concert avec Dionysos, ça reste un bon souvenir. L'expérience de ce groupe m'a surtout déstressé de la scène".
Alors en pur artisan, une réorientation et une carrière en solo deviennent évidentes. "Artistiquement, j'ai du mal à me définir... mais humainement, je me sens proche de Delerm, Dionysos ou Mickey D. C'est un vrai courant, on est tous de la même génération, on a tous les mêmes cultures même si on ne fait pas exactement la même musique. Mais on est très proches. Je crois qu'on est tous décomplexés de la musique anglaise, des Pixies, Nick Drake et les autres. On a tous écouté ça et du coup, il a été difficile de revenir à la musique française, comme si c'était ringard. Maintenant, ça va mieux, on assume (rires). Un groupe comme Mickey 3D se serait fait jeter des pierres il y a 10 ans".
Si Mael avoue avoir beaucoup écouté Adamo avant d'assimiler la pop anglaise, c'est surtout pour insister sur le fait que la "chanson française" a ses titres de noblesse. La scène française n'est pas morte, mais renaît de ses cendres, après avoir été un chouia boycottée par la presse. "Je ne pense pas que ce soit un effet de mode. Dominique A a relancé le truc et nous on le poursuit. C'est définitivement quelque chose qui s'installe dans le temps, grâce à des types comme Sanseverino par exemple, et tout ceux dont on a parlé. Regarde Arno. Ce mec est l'exemple de la durée. Reconnais aussi qu'on le réentend beaucoup depuis l'arrivée de tout ces nouveaux groupes sur la scène de la chanson française".

Le personnage est énigmatique. Tout chez l'artiste, tant au niveau de sa musique et de ses textes que dans sa personnalité, semble jouer sur les paradoxes. Un être double, équivoque et un rien agitateur. "Mois je suis persuadé que tout le monde n'est pas net. On a tous une double personnalité, chez certain, c'est plus flagrant que chez d'autres, c'est tout. Ce qui m'intéresse chez les gens, c'est leur face cachée. J'adore imaginer la vie à l'intérieur des maisons quand je passe devant une fenêtre. J'aime imaginer que quelqu'un peut être un héros de guerre ou se transformer en serial killer. C'est peut-être pour ça que mes chansons sont composées de personnages ambigus. Pessoa disait que s'il n'avait pas été un
auteur, il aurait certainement été un criminel. C'est dingue ! Monsieur Tout l'monde peut être un criminel. Et être tueur, c'est quand même plus élégant qu'être fleuriste non ? Je suis très observateur, mais c'est peut-être par peur. J'ai un regard analyste sur l'environnement et les gens qui m'entourent. Plus jeune, j'adorais comparer les Unes de journaux pour voir comment ils abordaient chacun l'actualité et les sujets qu'ils mettaient en avant".

Pour satisfaire sa frénésie de l'observation du monde, Mael a trouvé le meilleur moyen dans la musique. Peut-être sur un malentendu, puisque avant de partir guitare sur l'épaule, il avait entamé un double Deug de Lettres et d'Histoire de l'Art.

"J'en suis sorti sidéré. Je trouvais ça très scolaire, j'ai vraiment failli devenir fou, surtout quand je voyais des nanas qui étaient toutes calmes et très studieuses pendant les cours et qui avaient des supers notes et qui ne pensaient qu'à ça. C'était pas pour moi". Mael semble avoir du mal à trouver sa place parmi ses congénères humains, et n'a pas l'air de se résigner. "Le jour où je commencerais à acheter des chaussures de vieux, là, ce sera foutu. C'est comme ces filles qui à partir d'un certain âge, commencent à mettre des talons et à porter un joli sac à main qui va avec... juste pour dire "je suis une femme"". Limite odieux non ? Un sarcasme légendaire, qui change des "je vous aime tous" lancés à tout bout d'champ.

Re-sortie de "L'extrême arrogance du poisson rouge" en avril, des festivals durant tout l'été dont les Francofolies de la Rochelle. Également un concert très prochainement pour Greenpeace, pour la côte vendéenne. " C'est là notre seul engagement, faut faire des choix. A la rigueur, la cause pour laquelle on veut bien jouer, c'est la protection de l'environnement".
Mael, un artiste à découvrir absolument et dont on n'a pas finit d'entendre parler.


Dernier choc musical :
Patrick Sébastien
Dernier choc littéraire :
le discours de Bush dans le Libé, une apothéose de la connerie
Dernier choc existentiel :

euh.... faut que je réfléchisse
Dernière amoureuse :
j'avais 15 ans, une nana m'invite à une soirée dans un bled. J' invite des potes, on fait du stop. Arrivés à cette soirée, la nana nous voit, traverse la salle, vient vers nous et me balance une gifle monumentale ! J'ai rien compris mais je suis vraiment passé pour un con. Un cauchemar !
Passe-temps emmerdant 1 :
Ouvrir le courrier !!!! J'ouvre ma boîte aux lettres une fois par mois. J'ai toujours cette angoisse des factures. Vieux souvenir d'une lettre de huissier qui me réclamait 250 balles pour une note de dentiste impayée...
Passe-temps emmerdant 2 :
ouvrir le courrier, vraiment !
Héros détestés :
Tous les ricains va-t-en guerre
Instrument détesté :
Le biniou. Mais j'ai un profond respect pour ceux qui en jouent.
Pire cauchemar :
Une fois j'ai vu un reportage sur des mecs à l'usine qui passaient leur temps à calibrer des pointes... Calibrer des pointes ! Ca doit être horrible de calibrer des pointes toute la journée...


11/03/2003

Julie Marchal