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Daisybox...comme une étoile


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DAISYBOX
... comme une étoile

 

Un vertige entre la provocation et l'ambiguïté, un paradis artificiel métaphorique, un voile sonore à la limite de la passion destructrice, sexuelle. Un sevrage contre l'ennui, un état second permanent. Daisybox appelle à l'addiction. "Organic", premier choc commis par le groupe pousse à l'accoutumance et lance un défi à nos pulsions les plus enfouies. Il y a quelque chose d'impalpable dans la musique de Daisybox, un genre de flottement cosmique. Après avoir beaucoup joué en région parisienne, le groupe est repéré par Nicola Sirkis et s'embarque alors dans l'aventure du Danceteria Tour avec Indochine. Daisybox peut croire en sa bonne étoile. Reste à prouver qu'il n'est pas qu'un groupe de première partie. En plein essor, Daisybox explose. On les rapproche des Pixies ou de Placebo, jolies comparaisons qu'ils accueillent volontiers, se revendiquant dans la verve anglo-saxonne.
"Pause", "45 minutes", "Mon héroïne" et consorts communiquent les obsessions des quatre parisiens. Daisybox "est une drogue dure" et Organic "son obsédante mélodie"...
Rencontre avec la belle Anne-Lise (bassiste) et Olivier (chanteur).
(Cliquez sur les photos pour les agrandir)

TNC : Après la tournée avec Indochine, deux titres qui passent en boucle à la radio et Organic sorti en septembre l'année dernière, vous voilà sur les routes de France. Vous n'êtes plus qu'un groupe de première partie maintenant. Premiers constats ?
Olivier :
C'est vrai que depuis Danceteria, c'est notre première grosse tournée, elle a commencé il y a un an, l'été dernier. Et bien sûr, c
e qui nous fait plaisir c'est qu'il y a de plus en plus de fans, qui ne viennent pas forcément d'Indochine d'ailleurs, mais qui ont simplement entendu "Pause" ou "45 minutes" à la radio. Ce qui est très plaisant aussi, d'après ce qu'on nous dit, c'est que ce sont des gens qui reconnaissent en nous des groupes qu'ils aimaient il y a quelques années, comme les Pixies. En plus, c'est des choses qu'on écoute. C'est très plaisant de voir des gens qui aiment des groupes anglais et qui maintenant aiment Daisybox.

TNC : Effectivement, quand on vous écoute ou qu'on lit la presse à votre sujet, on met systématiquement en avant que vous êtes un groupe français faisant dans la musique anglo-saxonne. On vous décrit ainsi mais vous le dites vous mêmes. Ça signifie quoi au juste ? Pourquoi insister sur cette influence anglo-saxonne ?
Anne-Lise
: On a écouté que ça.
Olivier : Tu vois, mon frère (ndlr : Sam, batteur du groupe) et moi, on n' a pas grandit en France donc on n'a jamais vraiment écouté de musique française. Quand on a commencé à jouer, nos influences anglo-saxonnes sont venues spontanément, on ne s'est pas posé de questions. Mais Daisybox est bien un groupe français ! Je trouve qu'en France, il n'y a pas beaucoup de références en rock pur.
Il y a eu toute une vague en Angleterre ou aux Etats-Unis qui a été vraiment populaire dans le monde entier et qui selon moi, n'est pas beaucoup passée en France. C'est devenu culte, mais pas populaire... Je fais allusion à tous ces groupes de la fin des années 80, début des années 90, comme les Pixies, Sonic Youth, tout ces groupes jusqu'à Nirvana en fait. Nous, c'est ce qu'on a toujours écouté à cette époque là. Et c'est la période à laquelle on a écrit nos premières chansons et je pense que ça se ressent qu'on vient de là. Maintenant, à force de tourner avec d'autres groupes, forcément on a intégré des influences... plus francophones on va dire. Mais l'idée de base de Daisybox, c'était essayer de voir s'il était possible d'écrire en français des chansons comme celles qu'on a écoutées toute notre jeunesse.













TNC : A vos débuts, tu écrivais des textes exclusivement en anglais. Donc cette "idée de base" comme tu dis est venue plutôt progressivement.
Olivier :
Oui, c'est curieux. Moi je pensais que le rock, ça ne pouvait être qu'en anglais et j'ai découvert un groupe de rock mexicain qui s'appelle Los Caifanes. C'est le premier groupe que j'ai entendu, qui réussissait à faire sonner une autre langue que l'anglais avec le rock. Et je me suis dit que si lui il le réussissait en espagnol, moi je pouvais le faire en français ! (rires)

TNC : Et alors, tu penses avoir réussi ton challenge ? Tu penses avoir trouver ton créneau ?
Olivier :
En français, c'est plus difficile je pense. On ne peut plus se cacher. Il y a beaucoup de jeunes groupes français qui commencent par chanter en anglais parce que quelque part, tu te caches un peu derrière cette langue. Tu n'as pas à assumer tellement les paroles. C'est ça notre démarche : comment faire sonner cette langue mélodiquement, et non pas raper ou parler.
Anne-Lise : Il y a des gens qui nous le disent, qui voient où on a voulu en venir et qui trouvent qu'on arrive à faire sonner la langue française.
Olivier : Au départ on ne le faisait que pour nous. Voir ensuite qu'il y a plein de gens qui ont acheté le disque, qui connaissent les chansons, c'est très flatteur. Ça veut dire que quelque part on a un peu réussi. Je ne dis pas qu'on est les seuls, il y a d'autres groupes comme Eiffel par exemple qui sont un peu dans la même démarche en France, et puis Dionysos ou encore Dolly. Chacun des groupes a son truc, mais on vient tous des mêmes choses et je pense que ça doit se ressentir.

TNC : C'est vrai que vous revenez à l'essence même de la pop, avec une formation classique guitares/basse/batterie. On note tout de même un passage clavier dans "Ultra non" ou du piano dans "45 minutes", mais à part ça, c'est sans fioritures. Dans les prochains albums, pensez-vous exploiter d'autres potentiels ? Electro ? Accordéon ? Il y a de quoi faire non ?
Olivier :
Ça c'est clair (rires)! L'électro on essaie, mais plus sur disque que sur scène. En concert on aime la formation classique rock. Ça ne veut pas dire qu'on ne fera pas de concessions au niveau électronique, parce qu'on aime beaucoup ça, mais peut-être pas l'accordéon (rires) !

TNC : Plus sérieusement, beaucoup de groupes actuels ont écouté les mêmes choses que vous et ont dû se décomplexer de la musique anglaise avant de revenir à la musique dite française. Il y a quelque chose de conservateur dans le rock, et notamment en France où on voudrait justement sortir de ce carcan anglo-saxon. C'est presque être coupable de ne pas faire du rock pur, on se retrouve classé dans "la variété", Indochine en a fait les frais par exemple.
Olivier :
Oui alors d'un côté, tout le monde dit "on est en train de faire l'Europe" et d'un autre côté tu as des journalistes qui pensent que parce que on est français, on doit faire de la musique conformément à l'école du rock français. Moi je vis depuis que j'ai 20 ans en France et même si j'avais vécu toute ma vie ici, ça n'aurait rien changé. On a écouté les Beatles autant en France qu'en Angleterre... enfin non peut-être pas (rires)... Bref, je crois vraiment qu'il y a une culture internationale, et il faut faire avec. C'est très bien qu'il y ait un rock français ou historiquement francophone, je sais pas trop comment dire... mais ce n'est pas vraiment notre truc. Et pour en revenir à ce que tu disais, il y a une part très conservatrice effectivement dans le rock. Beaucoup trouve qu'il y a des similitudes entre nous et Indochine, mais je pense que si similitudes il y a, c'est plus dans l' idée... Je pense qu'on fait aujourd'hui ce que Indochine faisait dans les années 80. On était en plein boum du rock français, mais eux écoutaient des groupes du genre Depeche Mode, ce qui se sentait dans leur musique. On les a critiqués sur ce point, mais ils sen foutaient. Nous c'était par exemple les Pixies, et ça se ressent aussi dans ce qu'on fait. Mais on ne cherche à copier personne. On chante en français sur de la musique qui sonne anglo-saxon, voilà, on fait notre cuisine.

TNC : Alors depuis le Danceteria Tour, les choses sont allées très vite. Une signature chez Tréma, des passages radios, un album, une grosse tournée. Il y a une vraie effervescence autour de Daisybox depuis un an. Vous réalisez ?
Olivier :
Pour nous ça a été long ! (rires) Ça a mis du temps à démarrer mais c'est vrai que d'un coup c'est allé très vite. Mais on est un peu trop dedans pour sen rendre compte.
Anne Lise : C'est vrai qu'on n'a pas encore le temps de prendre du recul par rapport à ça, à cette effervescence. Mais c'est intéressant que tu nous le dises parce que t'as un regard extérieur.
Olivier : Mais tant que t'es pas encore grand public... (rires) Tu sais, en France, c'est difficile de toute façon d'attraper la grosse tête, car le rock reste quelque chose d'assez underground. Même si dans le milieu rock, on commence, comme tu dis, à être assez reconnus, on n'est pas non plus MC Solaar ou Jean-Jacques Goldman !

TNC : Vous avez déjà un album autoproduit, Indessa, dont vous avez repris quasiment la totalité pour Organic, donc vous avez eu le temps de le mûrir ce premier album. Avec Tréma, vous avez un contrat d'artiste pour trois albums. Il y a des comptes à rendre maintenant ! Vous avez déjà des idées sur le deuxième opus et sur la manière dont vous allez l'aborder ?
Olivier : On commence à y réfléchir. C'est vrai que pour faire un premier album, tu as le temps, tu t'inspires des choses que tu as vécues, tu fais une sélection de plein d'idées, etc... Et là, après, tu as un an et demi voire deux ans, tout en tournant, pour essayer de trouver autre chose qui soit au moins aussi bon, donc c'est sûr que ça nous met la pression, mais on aime assez ça, avoir cette pression. Là on a commencé à écrire quelques trucs et on va s'enfermer...allez, au moins un bon mois cumulé, pour essayer de se retrouver juste tous les quatre. Alors on oublie tout !
Anne-Lise : On va commencer par s'enfermer 15 jours en juillet, on va fractionner en fait.
Olivier : Le but c'est de retrouver l'état d'esprit que tu as quand tu touches une guitare pour la première fois. Contrairement aux idées reçues, je pense que moins tu es bon techniquement, plus tu es doué créativement parce que tu n'as pas peur de ce que tu fais, c'est beaucoup plus spontané. J'aimerais retrouver cette ambiance quand on s'est retrouvés tous les quatre pour la première fois et qu'on a commencé à écrire des chansons. On est très exigeants mais je pense que la plupart des artistes le sont de toute manière. C'est dur de se dire quand tu composes"bon allez c'est pas très très bien, mais je vais quand même le passer"... Tu ne te sens pas bien avec ça. Mais on est lents ! (rires)
















 

TNC : Tu vas quand même être confronté au facteur temps ! Si tu mets des mois à écrire tes textes, et que tu bûches sur un mot, on va peut-être te sortir un dictionnaire des rimes pour mettre un coup d'accélérateur. Daisybox, ça marche bien, faudrait pas perdre cet engouement !!!!
Olivier :
On n'espère pas en tout cas, quelle horreur (rires) ! On avait le choix entre plusieurs maisons de disque, et on a choisi la nôtre en fonction de ça justement, qui nous laissait cette liberté artistique. On n'a pas pris une grosse major en tout cas.
Anne -Lise : Sur le premier album ça s'est passé comme ça et il n'y a pas de raison que ça change. Mais on ne sait jamais, c'est clair.

 

TNC : Sans entrer dans un commentaire composé de tes textes, je les trouve plutôt saisissants. Tu as dit que les paroles étaient secondaires. C'est toujours dans cet esprit anglo-saxon ?
Olivier :
Ça dépend. Il y a des gens qui attachent beaucoup d'importance aux textes. Mais moi, la première chose, c'est que la forme prime sur le fond. Je pense, et ça ne reste que mon opinion car j'ai lu pas mal de poésie, qu'à partir du moment où il y a des vers, c'est ça l'important. Il y a des gens qui croient qu'être un poète, c'est dire, "à bas le front national, la guerre c'est mal, les enfants qui meurent de faim c'est pas bien". Moi je ne pense pas. Si j'avais des choses à dire là-dessus, mais attention je n'en pense pas moins, je pense que j'écrirais un livre parce que quand tu as trois minutes pour dire tout ça, faut vraiment être fort ! Je préfère créer une ambiance avec la sonorité des mots et avec ce qu'ils évoquent au niveau de l'absolu, créer une atmosphère et que les gens se reconnaissent dedans, ou ne se reconnaissent pas d'ailleurs... Quand on a 8 ans et qu'on ne parle pas anglais et qu'on écoute The Cure par exemple, tu ne sais pas ce qu'ils disent, mais tu ressens que ce sont de grands artistes. Tu t'imagines tout un monde. Et moi j'aime bien cette part de mystère. En tout cas c'est ce qu'on essaie de faire, je ne sais pas si on y arrive, mais en tout cas, je veux laisser une très grande part de liberté aux textes pour que ça ne soit pas fermé. Pas du genre "voilà ce que je pense, voilà ce que je te dis et je veux que tu penses la même chose".

TNC : Il y a pourtant une ambiance très particulière qui se dégage de ces textes, agrémentée par votre musique très aérienne. J'ai l'impression que tout est basé sur des pulsions, des passions à la limite destructrices... Une image d'éternel ado un peu écorché vif... Tu te sens sur la brèche ? Limite désabusé? A part ça, tu es content ?
Olivier : Ça fait peut-être un peu cliché, mais c'est vrai ce que tu dis. Pour faire ce métier, ou être acteur, ou être peintre, je pense qu'il faut être un minimum écorché vif. Mais là, en ce qui nous concerne, c'est un maximum ! (rires)

 

TNC : On est d'accord. Et puis c'est très métaphorique. Quasiment tous les textes peuvent être doublement interprétés. On y voit aussi bien un énorme paradis artificiel, que des évocations très sexuelles. Mais tu ne dis jamais les choses clairement. C'est très ambivalent.
Olivier : Il y a un thème général, en tout cas dans "Organic", c'est l'ennui. Toutes les causes de l'ennui et tous les moyens qu'on créé ou qu'on imagine comme palliatif. Et quand je parle de la drogue ou de choses qui paraissent être de la drogue, c'est plus pour parler de cette espèce de manque de quelque chose... ça peut être la drogue, mais aussi les rapports amoureux, ça peut être n'importe quoi en fait. C'est juste cette chose qui manque et qui fait qu'on se sent tout le temps avec un vide. Je ne suis pas le seul à ressentir ça, j'ai l'impression que beaucoup de gens s'ennuient. Pas tout le temps, heureusement, il y a des moments heureux, mais en règle général, on cherche des palliatifs. Alors il y en a qui vont acheter, consommer, essayer d'avoir la dernière bagnole à la mode, ça te donne un but. Un autre ça va être...
Anne -Lise : Faire des enfants.
Olivier : Voilà, faire des enfants... je ne critique pas, mais je pense que fondamentalement, la vie ne peut pas être amusante tout le temps, forcément. Souvent tu te demandes : mais c'est quoi le but ? Donc on crée des buts artificiels.

 

TNC : Il y aussi, tout un vocabulaire lié au ciel, à la mort, des sensations de l'au-delà.
Olivier :
La religion fait partie de ça aussi.

 

TNC : Et vous, vous faites quoi pour pallier à l'ennui ?
Anne-Lise : De la musique (rires)
Olivier :
Voilà, mais c'est dur, parce que quand on n'en fait pas...Oon a vraiment tout misé là dessus, on ne s'est pas posé la question de savoir ce qu'on ferait si la musique ne marchait pas.

 

TNC : Une dernière chose à ajouter ? Ce que tu veux.
Olivier :
Juste un truc perso. Mon meilleur ami faisait ses études à Nancy et donc j'y venais souvent....

 

TNC : Tu vas me parler du concert des Pixies à l'Ecole de Commerce de Nancy !
Olivier :
Ça y est, je radote ? je l'ai déjà dit dans une autre interview ?

 

TNC : Déduction. J'imagine qu'en tant que fan des Pixies, ça t'a marqué !
Olivier :
Ah ouais, j'hallucinais ! Mon ami, mexicain d'ailleurs, faisait partie de cette école et il organisait cette soirée. Il me dit "oh on organise un petit concert". Je lui demande "ça s'appelle comment ?", il me dit "les Pixies". Quoi ? A Nancy ? A l'ICN de Nancy ? Mais nous aussi on est à Nancy aujourd'hui...

 

TNC : Ok, donc si l'ICN te propose un concert, ce sera un gage de réussite ! L'appel est lancé.
Olivier : L'appel est lancé (rires). On fait souvent des galas étudiants et on pense à ça justement. Les Pixies l'ont fait !!!



plus d'infos sur : http://www.daisybox.com

interview réalisée lors du Free Days Festival - Prodige Music - 27/06/2003
Julie Marchal