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Burning Spear Je suis un homme libre et je


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BURNING SPEAR
Je suis un homme libre et je le resterais

Depuis 1999, année de son dernier opus "Calling Rastafari", le silence de Burning Spear commençait à devenir inquiétant. Live, best of et diverses compilations se sont succédés dans les bacs comme un hommage consacré à un mythe. Repos du guerrier ? Chronique d'une retraite non-annoncée ? Après un peu plus de trente ans de carrière, Winston Rodney reste à ce jour l'une des dernières figures emblématiques du reggae, l'un des derniers ambassadeurs de la tradition rastafarienne. Au mois de juin 2003, la dernière perle est arrivée. Celui qui courrait après sa liberté et celle de ses frères semble enfin l'avoir trouvé. "Freeman" marque "le retour" de Burning Spear.

Il n'a jamais cessé de tourner. Ces quatre ans entre "Calling Rastafari" et "Freeman" ont été agrémentés de moments de compositions, de séances en studio et surtout d'innombrables concerts. Le temps qui passe s'inscrit sur le visage de Winston Rodney, pourtant, il se dit en forme. Après trente ans de combats spirituels, il semble avoir accepté d'être en paix avec lui-même, moins tourmenté. Winston Rodney a tout d'un sage. Fidèle a son engagement, il a gardé son âme de prophète et "Freeman" continue à propager les messages du "Moïse noir", héros national de la Jamaïque. "C'est difficile de trouver la bonne manière de faire passer un message. Mais l'essentiel de ma musique est de transmettre la prophétie de la figure historique Marcus Garvey."
Politique -Changes-, rastafarisme -Hey Dready-, cause noire -Not Guilty-... tous les thèmes chers au gardien du temple reggae et qui ont jalonné sa carrière sont toujours présents dans "Freeman". Pour cet album, Burning Spear a fait appel à deux performers, le batteur Housemouth Wallace et le clavier Stephen Stewart. Cuivres, skunks de guitare et la voix divine de Winston Rodney font de cet album le plus réussi de Burning Spear, le plus abouti au niveau sonore. "Jusqu'ici, je n'ai jamais pu dire quel était mon album favori. Mais aujourd'hui, je peux dire que c'est Freeman, tous les morceaux, sans exception. Pourquoi ? Parce que je c'est bon d'être libre. On doit avoir la liberté de penser, de mouvement, de parler. Aujourd'hui, je suis aussi libre professionnellement car j'ai mon propre studio et j'ai une entière liberté d'action dans ma musique. Et c'est important d'avoir un contrôle total".
Et après tant d'années, le bilan se fait naturellement. Toute une vie de réflexion, toute une carrière de dévouement pour des causes défendues la tête haute, quitte à subir l'exil. Winston Rodney ne veut pas parler de politique. On n'en saura pas plus. Ce qui l'anime, c'est sa musique et le rapport privilégié qu'il entretient avec son public. "La seule chose que je puisse faire ici-bas, c'est donner le meilleur de moi-même à mon public, pour lui rendre ce qu'il me donne". Ce qui le fait vivre par dessus tout, c'est cette foi qui l'habite constamment et qu'il véhicule à travers son art. Même quand il ne jouera plus. Car un jour, Winston se tournera vers le silence, ce qui est difficile à imaginer, mais il y pense et il en parle avec une certaine félicité.
"Je me dois d'être heureux. La tristesse n'est pas une façon de vivre de toute façon. Je ne pense pas que je travaille trop car il y a des moments où il faut savoir se calmer. D'ailleurs je ne me sens pas fatigué. Aujour'dui, j'ai 58 ans et je commence à penser à ma retraite. Mais quand le moment arrivera, je ferai une annonce publiquement pour tout ceux qui nous aiment. Je suis là pour faire ce que Jah a dit de faire. Tout est volonté de Jah et on agit selon ses décisions. Je suis sur Terre pour lui obéir. Alors je veux me retirer comme je suis venu, je veux finir en bonne santé et me sentir fort, pour moi et ma famille. La retraite, dans la vie, c'est un devoir. Il faut savoir se retirer le moment venu. J'irai là où Dieu voudra. En Afrique ? En Jamaïque ? Ailleurs ? Je considère que le monde nous appartient. Je suis un homme libre et je le resterais".

Burning Spear sur scène, Winston Rodney à la ville. Un même homme qui est actuellement l'âme du reggae traditionnel. Lorsque l'on évoque la nouvelle génération d'artistes, son regard s'illumine. Car Winston n'a pas l'apanage du savoir et il le sait. Ce qu'il a commencé, d'autres le poursuivront après lui. "Il faut comprendre que le reggae est sorti de la Jamaïque et qu'aujourd'hui, c'est une grande famille, une grande maison musicale. Même toutes les musiques dérivées du reggae restent du reggae. C'est une des maisons les plus riches au monde qui parle de tout, à toutes les races. C'est une musique tout à fait libre. Il n'y a aucune barrière au reggae. C'est une musique qui raconte la vérité et c'est pour ça qu'elle est sortie de son île d'origine. Et même si je dois m'en aller, le reggae continuera, car le reggae, lui, est éternel et il se transmet de générations en générations. Aussi, il ne doit pas y avoir de compétitions entre les groupes, tout doit être question de bonnes vibrations. D'ailleurs, pourquoi parler de générations différentes ? C'est normal avec le temps, d'avoir de nouveaux styles. L'évolution est logique, finalement, c'est une continuité. J'écoute tout, c'est mon devoir, même si ça ne me plaît pas. On doit s'écouter entre nous. Et tout le monde n'aime pas Burning Spear."
Respect...

septembre 2003
interview réalisée lors du Free Days Festival - Prodige Music
Julie Marchal

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