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Les Escrocs au bal des vilains


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LES ESCROCS
au bal des vilains


Dans la veine satirique d'un Boby Lapointe ou d'un Pierre Vassiliu, le trio insolite à la gouaille franchouillarde colporte toujours son dernier album "Six pieds sur Terre" (février 2002) sur les scènes hexagonales. Les Escrocs, héritiers et garants de la chanson contestataire poétique à la Brassens, décortiquent inlassablement les travers de la vie quotidienne, du voisin de palier à la mondialisation. Leur tour de chant débute par une invitation à la fête, avec leur morceau "Au bal des vilains". Cocasse mais authentique.

"Le premier trimestre fut passable, le deuxième fut lamentable. Le troisième ? On attend le bulletin...". Concernant l'épopée de leur carrière qui compte trois albums, Hervé Coury, autoproclamé "Professeur Koury" ose la métaphore. "Faites-vous des amis" sorti en 1994 marque l'entrée des Escrocs sur la scène de la chanson française. Accueil enjoué grâce à "Assedic", morceau phare qui propulse le groupe sur les ondes radiophoniques. "C'est une chanson qui a d'abord fait marrer les mecs des médias avant de séduire les gens" explique Eric Toulis, parolier et interprète des Escrocs. "On la joue toujours sur scène car elle a gardé son impact, tout le monde la connaît. C'est un plaisir mais c'est aussi étrange de voir les gens devant toi qui connaissent les paroles par coeur et qui chantent avec toi. Mais j'imagine les chanteurs qui ont pleins de tubes. Être sur scène et entendre le public brailler toute mes chansons, finalement, ça me casserait les testicules" (rires).

Si l'humour est leur principale gymnastique, la tradition perdure dans le deuxième opus, "C'est dimanche", qui voit le jour trois ans plus tard. Mais les médias, qui s'étaient emparés du phénomène "Assedic", ne suivent plus. Cette ingratitude est loin de formaliser Les Escrocs qui ne se voient pas comme des "bêtes à tubes". Néanmoins, loi du showbiz oblige, Virgin les lâche. Ne pas avoir joué le jeu des maisons de disques leur a coûté cher, "on a été de très mauvais élèves dans un très bon lycée" ironise Toulis. Un malheur n'arrivant jamais seul, Koury se blesse à la main, la carrière des Escrocs est stoppée.

2002 sonne l'heure de la renaissance pour le groupe. Les Escrocs récidivent avec "Six pieds sur Terre" qui arrive comme un boulet de canon et le simple "Je suis speed" résonne sur les ondes. Reggae, salsa, musique tsigane, disco, calypsos, biguine, funk et autres rythmes accompagnent les textes dans lesquels l'insolence flirte avec la dérision.
Une analyse sociologique moderne qui se penche sur les faiblesses de la condition humaine. Un effet miroir désopilant. Licenciement (La Java du Caniveau), piratage compulsif de CD (CDR Night Fever), le racisme ambiant (Vigilance), la hype attitude (C'est démodé d'être à la mode) et autres portraits goguenards forgent leur univers.

Multi-instrumentistes, à eux trois, ils comptabilisent plus d'une quinzaine d'instruments, le petit truc en plus qui fait des Escrocs une bande d'artistes accomplis. "On est boulimiques des instruments, mais attention, le but du jeu n'est pas de devenir le cirque Bouglione !" précise Toulis. "On s'attaque à plein de styles et ça peut devenir compliqué. Quand on compose, c'est comme si on jouait à la barbie. On habille notre poupée. Barbie samba peut très bien avoir le pantalon de Barbie disco et les chaussures de Barbie reggae. On a tendance à vouloir tout exploiter dans un même morceau à vouloir tout mettre, mais il faut savoir lever le pied.
 
Faut savoir doser un minimum. Ça peut être un danger de jouer trop d'instruments". Pourtant, Les Escrocs accros ne cessent d'explorer, innover, tester. Si Professeur Koury s'est remis à la guitare, Docteur Morel, percussionniste frénétique est en train de fabriquer son énième percu, une caisse en bois avec des cordes de guitares... "C'est une sorte de cajon" se hasarde-t-il à dire. Quant à Eric, il attaque le violon et la contrebasse tsigane. "J'avais commencé la bombarde mais j'ai dû arrêter car c'est un instrument trop violent. (rires) Honnêtement, j'ai arrêté la bombarde pour des raisons économiques... Après un concert tu laisses tes instruments sur scène et les techniciens débarquent pour tout remballer. Et tu vois, sur une bombarde, il y a deux petites lamelles très fragiles qu'on appelle l'anche. Je retrouvais toujours l'instrument piétiné, broyé, écrasé ! Remplacer les doubles anches a finit par me coûter trop cher ! Alors envoyez-vos dons à "Bombardes sans frontières" et je reprend la bombarde ! " (rires). Avec son air de Géo Trouvetou, Docteur Morel est la preuve vivante qu'il n'y a pas d'âge pour se mettre à apprendre à jouer d'un instrument. "Souvent, on entend des gens dire qu'ils aimeraient faire de la musique mais que c'est trop tard, qu'ils auraient dû commencer en étant gamin. C'est pas vrai, il n'y a pas d'âge. Tu peux t'y mettre quand tu veux. Finalement, un instrument, c'est comme un jouet. Tu joues avec jusqu'à l'usure des piles. Et tu passes à autre chose".


  A la fin du mois de septembre, Les Escrocs ont investi le Nouvel Essaïon à Paris pendant quelques jours, pour y présenter leur nouveau spectacle acoustique. Un vrai challenge selon Eric Toulis, une mise à l'épreuve intransigeante où la moindre erreur ne pardonne pas. Expérience réussie, confirmant l'interaction des trois fanfarons. "Pourtant, c'est difficile de planifier les choses au sein du groupe, comme dans un couple" lance Koury. "Au fond, on est un peu des amants éternels".

Éternels amuseurs, prêcheurs de la bonne humeur, les trois zazous n'en restent pas moins lucides sur les difficultés sociales et économiques de leur métier. Jouant ce soir-là au Nancy Jazz Pulsations, ils repensent à tous ces festivals annulés cet été, arborant que la question de l'intermittence est loin d'être réglée. Eric Toulis, un peu énervé, ne dissimule pas son écoeurement. "On devrait prendre Ernest Antoine Sellières, lui mettre une chemise à fleurs, une guitare avec deux cordes en moins, le mettre dans la rue et le faire jouer pour voir. Et lui dire : "voilà, maintenant tu chantes, tu prends ta petite pièce et tu vas t'acheter un Kebab". Aujourd'hui en France, pour éviter les tapages nocturnes dûs aux concerts, on va t'empêcher de jouer et te filer 300 balles d'indemnités. Mais rapidement, il n'y aura plus d'endroits pour jouer, et bientôt il n'y aura plus d'allocations non plus. Alors que se passe-t-il dans ces cas là ? Et bien ça descend dans la rue, ça ramasse les pavés et ça te les fout dans la gueule, normal. Pour les techniciens du cinéma, par exemple, c'est peut être même plus compliqué...Nous, au pire, on ira chanter du Duke Ellington dans les soirées chics" (rires). "Je terminerai en rappelant que depuis cet été, 120 lieux ont fermés et 40 festivals n'ont pas eu d'aboutissement. Voilà." termine Docteur Morel. A méditer...
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