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Monsif, J'irai où je dois aller


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Monsif

MONSIF
J'irai où je dois aller



"Exode". Un nom simple mais symbolique. Le sceau que Monsif appose sur ce deuxième album aux accents reggae et musique gnawa. Un reccueil reflétant sa double culture et son obsession pour la paix. Une vision brutale d'un monde où les valeurs matérielles triomphent au détriment des vertus fraternelles. Loin d'être un corpus pessimiste, "Exode", gorgé de fraîcheur, est une longue marche vers la quiétude et le repos des guerriers...

Si ce nouvel opus en appelle à l'éveil des consciences, Monsif est loin d'être un rêveur béat. Monsif est un vrai personnage. Un bonhomme au tempérament tumultueux comme en témoignent ses prestations scéniques. Un vrai chef investi d'une mission qui défend becs et ongles sa musique. Il faut le voir pour le croire...


Monsif, jeune artiste nancéien d'origine marocaine, marque définitivement son territoire dans le paysage musical avec ce deuxième album, "Exode". C'est avec cette deuxième galette que le chanteur se proclame manifestement comme le précurseur d'un reggae nouveau, empreint de rythmiques roots et de musique gnawa. Et celui qui l'en détrônera n'est pas encore né. "Je suis un chanteur nancéien à 100%, car la première note que j'ai jouée, c'était à Nancy. C'est dans cette ville que la musique est venue à moi et je compte le lui rendre. Mais je suis le premier d'origine arabe à faire du reggae de cette manière là, et je veux démontrer que j'ai le moyen d'adapter le rythme gnawa et la rythmique jamaïcaine". A star is born ? Si au prime abord, l'assurance de Monsif peut en déconcerter plus d'un, voire passer pour de la crânerie ou un égo surdimensionné, l'artiste a au moins le mérite de frapper les esprits. La fausse modestie ne fait pas partie de son vocabulaire et si il y en a un qui est totalement convaincu par son talent, c'est bien lui, qu
alité tout à fait honorable s'il veut ensuite persuader les autres. Et il est convaincant en plus !


"Va quérir la dignité en enfer s'il le faut. Et refuse l'humiliation, même au paradis" Cette tirade de
Al Moutanabi (poète arabe du XIè siècle) traduirait bien la hargne qui motive Monsif. "Exode" aborde l'exil sous toutes ses formes, qu'il soit géographique, culturel, spirituel ou sentimental. Il dénonce aussi tout ce qui peut en découler : l'oppression, la perte de repères, l'uniformisation, la mort. Avec la rage de vaincre.
Plus de 100 000 marocains tentent chaque année de quitter clandestinement leur pays. Lieu de prédilection pour la majorité d'entres eux, l'Eldorado européen, par le franchissement du Détroit de Gibraltar. Depuis les accords de Schengen, ces folles traversées ont longtemps alimenté les rubriques des faits divers des journaux. "Les Hommes ont toujours été obligés de tout quitter pour une vie meilleure. Il y a des jeunes qui se noient dans la Méditerranée, des gamins qui prennent le risque de monter dans la barque...
La télévision véhicule des images de rêves, elle relate la vie de gens qui ont réussit. Les immigrés ne trouvent souvent que de la déception à l'arrivée : le chômage, la haine et le racisme. Alors quand j'appelle mon album "Exode", pour moi, c'est surtout le voyage de l'intelligence". Alors Monsif se bat pour l'égalité des races et des peuples. Musulmans, Juifs, Chrétiens ont tous droit à la paix. Finalement, sur cette Terre, ils ne sont que 5 ou 6 à provoquer et déclencher les guerres, et c'est le monde entier qui trinque. "La guerre est légitime, mais pas toutes les guerres. Il faut se battre pour la science et le savoir. Au lieu de donner des armes, il faut donner des livres ! Mais c'est plus vicieux que ça. La chanson "Les Otages" dénonce les pays occidentaux qui travaillent avec les dictatures qui elles-mêmes affament leur peuple. On essaie d'empêcher l'exode. Dans ce cas, pourquoi on n'interdit pas aux cigognes d'aller en Afrique ?"

IMonsif, artiste engagé, mène le combat sur tous les fronts. Authentique son franc-parler subsiste à toute épreuve. "Il y a des gens qui nous empêchent d'avancer. Mais je suis confiant et sûr que mon reggae trouvera sa place. C'est un reggae de l'Atlas, du désert, du reggae touareg fait par un chanteur qui vit dans l'Est de la France ! (rires). C'est un reggae nouveau et il faut l'adapter aux oreilles. Je veux sortir de la dictature musicale. Actuellement, on accepte n'importe quoi. Les Gladiators viennent jouer à Nancy, ils se plantent sur scène et ils ont l'air de ne pas s'en faire. Ils croient s'adresser à des sourds ? " Il aborde alors le phénomène de mode rasta qu'il excècre par dessus-tout. "A Nancy, comme partout ailleurs, tu as des Reggaemen. Le morceau "Faux Rasta" dénonce cette mode. "Reggae Massive" a refusé de me chroniquer notamment pour ça. De toute façon, la majorité des magazines reggae fait du tort au reggae ! Le vrai rastaman est resté dans ses montagnes ! "







D'ailleurs, à aucun moment Monsif ne s'est déclaré Rasta. Il approche le reggae notamment en découvrant Alpha Blondy lors d'un concert. Consécration ultime pour Monsif lorsque bien des années plus tard, lors du Nancy Jazz Pulsations 2000, l'Ivoirien l'invite à le rejoindre sur scène. Mais maintenant, l'élève s'éloigne du maître et vole de ses propres ailes. Pour ce deuxième album, Monsif exploite une autre belle rencontre : Mad Professor, maître incontesté du dub, qui réalise "Exode" dans des studios londoniens.
Des chansons en français et en arabe, pour un rappel aux origines ; certaines dans lesquelles raisonnent gembri et zakkat, instruments traditionnels de la musique gnawa. "Ma grand-mère a été vendue à Essaouira à l'âge de 9 ans.
Ma mère est d'origine gnawi. Et moi, j'ai découvert cette musique en rencontrant deux mendiants à Safi, quand j'étais gamin. Le gnawa me fait vibrer mais je n'en suis pas un, car les gnawas sont des mendiants. Ce trésor gnawi appartient à mes ancêtres".

Attaché à ses origines, Monsif compte bien pouvoir un jour jouer dans son pays natal. "Je n'ai encore jamais joué au Maroc mais je suis le porte-parole de toute la jeunesse marocaine dans tout le Monde. Le Maroc est un pays très riche musicalement mais la musique est très complexe rythmiquement, entre le gnawa, le chaabi, la musique berbère. Mais les gens qui s'occupent de la musique au Maroc ne font pas leur boulot. En France aussi, on met en avant certains artistes maghrébins, mais le choix n'est pas toujours bon. Pour moi, une artiste comme Saïda Fikri a plus de talent que Souad Massi... "

Ses projets ? Faire un double album, "quelque chose de plus poétique". Un CD en français et un deuxième plus world, "plus hindou peut-être".

Artiste sans demi-mesure, Monsif est prêt à braver tous les obstacles pour s'imposer comme il se doit. Fervent défenseur de la liberté de l'Homme, il a la gnaque pour se faire entendre. " Même quand on veut m'écraser, je suis fier. J'irai où je dois aller".

"La patrie de l'homme est là où il se trouve bien". (Al Moutanabi
)

Exode : Editions. Griffes et Furtive. Distribution. Sony
infos : http://membres.lycos.fr/monsifmusic
photos Nancy Jazz Pulsations
octobre 2003


28/11/2003
Julie Marchal