TOUT NANCY .COM

CHEZ ELLE : un restau pas comme les autres


rechercher

CHEZ ELLE : UN RESTAURANT PAS COMME LES AUTRES

Quand on arrive CHEZ ELLE, ce restaurant sis au cœur du village de Houdemont dans la banlieue de Nancy, on est d'emblée dérouté. Ni enseigne ni porte-menu pour confirmer la bonne adresse. D'un doigt hésitant, on sonne…

Nicole Vigneron, la propriétaire, vous accueille main tendue. Tout de noir vêtue, ses yeux pétillent derrière ses lunettes à monture rouge et son sourire illumine son visage. On se sent tout à coup non seulement accueilli, mais attendu. Le léger sentiment de gêne s'estompe dès qu'on pénètre dans le salon pour prendre l'apéritif. L'éclairage est intime, les fauteuils confortables et la décoration intéressante. On se détend…

Secrétaire médicale, Nicole Vigneron rencontre son futur mari, diplômé d'une école hôtelière. Après la naissance de leur fils et pour concilier ses horaires de travail avec ceux de son époux, elle décide de travailler dans un restaurant. Après un début dans des pizzerias, elle arrive à la Gentilhommière, une référence à Nancy dans les années 70 ! La patronne lui transmet sa passion. Autodidacte, Nicole occupe tous les postes avec toujours le même enthousiasme.

Pour s'adapter encore une fois aux horaires de son mari qui avait décidé de quitter la restauration, elle reprend, cinq ans plus tard, son métier de secrétaire. Pendant huit ans, elle se rend chaque matin sans joie au bureau. Puis Monsieur décide de prendre un restaurant à son compte ! Nicole est partante. Ils acquièrent en 1984 Le Benelux rue Gustave Simon qui devient Le Faitout. Pendant neuf mois, Nicole mène ses deux activités de front avant de prendre un mi-temps au bureau. Puis elle démissionne pour se consacrer au restaurant qu'elle dirige avec son mari pendant cinq ans.

Les aléas de la vie l'amènent à continuer seule. Elle prend l'affaire en main, bientôt secondée par son fils, et mène sa barque jusqu'en 2002 où elle décide de vendre suite à des problèmes de personnel. Elle n'a cependant jamais eu l'intention de reprendre son métier de secrétaire et cherche donc un petit restaurant à pouvoir gérer avec une seule personne aux fourneaux. L'idée était d'exercer le métier qui la passionne depuis tant d'années, mais sans les inconvénients liés au personnel et à l'imprévu de la clientèle. Ainsi est né le projet d'ouvrir un restaurant à domicile.

En mars 2003, Nicole jette son dévolu sur une maison à Houdemont qu'elle transforme afin de pouvoir accueillir une quinzaine de couverts dans sa salle à manger, avec un accès pour handicapés et toutes les normes de sécurité nécessaires comme le rectangle lumineux indiquant la sortie de secours au-dessus de certaines portes. Le restaurant ouvre en novembre 2003, avec une amie en cuisine. Le concept est relativement nouveau, mais il fonctionne et le bouche-à-oreille fait rapidement son travail de publicité.

 

… On se détend donc. Dans l'atmosphère chaleureuse du petit salon privé, mon amie et moi savourons notre apéritif en écoutant une douce mélodie. Puis Madame Vigneron nous invite à passer à table. Poutres apparentes, toiles, mobilier, linge et vaisselle… Mon regard glisse sur tous ces objets. La lumière indirecte diffusée par les nombreuses lampes éclaire chaque table tout en respectant l'intimité des convives. On se sent bien, presque chez soi, ou plutôt… chez des amis…

- C'est la première fois que vous venez, constate la maîtresse de maison.

- Oui, dis-je, c'est Monsieur W*** qui m'a parlé de votre… restaurant.

Nous sommes les premières arrivées. Les autres tables sont dressées mais encore vides. Nicole Vigneron en profite pour discuter un peu.

- N'avez-vous jamais affaire à des indélicats ? demande mon amie.

- En règle générale, les gens sont très corrects. Mais il arrive, effectivement, que certains ne se contentent pas de mon salon et ma salle à manger !

- Ils envahissent votre maison ?

- Oui, cela est arrivé. Deux couples avec deux enfants. Au milieu du repas, ils ont voulu aller dormir. On m'a demandé de prêter ma chambre.

- Et vous l'avez fait ?

- Oui… c'était au début et j'avoue avoir été surprise et prise de court.

- Et alors ?

- Alors les enfants se sont installés et ont cassé une lampe… Depuis, j'essaie d'éviter d'avoir des enfants à ma table.

- Cela ne doit pas être évident…

- Non, je ne peux pas leur interdire l'accès de mon restaurant. Alors, j'ai contourné la chose en déclarant d'emblée, lorsqu'on me prévient de la présence d'enfants, ne pas avoir un menu spécial pour eux. Et puis j'essaie de glisser dans la conversation que l'endroit est petit et encombré de meubles. Bref, peu adéquat à l'accueil des petits.

- Tant mieux, dis-je. Il n'y a rien de pire qu'un gosse mal élevé qui embête tout le monde dans un restaurant.

- Vous n'aimez pas beaucoup les enfants ! s'exclame Nicole Vigneron en riant.

- En effet, pas beaucoup, répond mon amie. Et comme elle ne les aime pas, elle les attire !

La sonnette retentit. Madame Vigneron s'éclipse. Quelques minutes plus tard, elle revient vers nous.

- C'est incroyable, murmure-t-elle. Les gens qui ont réservé la grande table arrivent avec un bébé. Ils ne m'en avaient pas parlé lors de la réservation.

- Un bébé !

Mon amie me calme d'un coup de pied sous la table.

- Ne vous inquiétez pas, tente de me rassurer la maîtresse de maison. Tout ira bien.

 

Et voilà qu'entre effectivement un jeune homme portant un objet encombrant qui n'est autre qu'un lit qu'il déplie et installe entre leur table et le buffet. Puis le restant de la troupe arrive, en tout six adultes plus le fameux bébé endormi dans les bras de sa mère. Après avoir déposé son petit fardeau, la jeune femme part rejoindre les autres pour prendre l'apéritif.

- Tu vois, me souffle mon amie, il est adorable, ce bébé !

- Mm.., pourvu que ça dure !…

Tandis que nous commençons à manger, la maman, puis le papa, puis les grands-parents, puis à nouveau la maman viennent s'enquérir du sommeil du chérubin. Tant et si bien qu'ils finissent par le réveiller ! Et le gosse se met à brailler d'une voix de haute-contre.

- On dirait Farinelli ! murmure mon amie qui connaît mon goût pour le chant des castrats.

- Ah ! ah ! très drôle !

Soudain, la jeune maman accroche Madame Vigneron par le bras. J'entends qu'il est question de couches…

- Non… je suis désolée.

- Ce n'est pas grave, je vais m'installer sur le tapis de l'entrée.

La maîtresse de maison n'a pas le temps de répliquer que la jeune femme et son braillard sont déjà sortis. C'est alors qu'arrivent les derniers convives, la salle à manger est donc au complet.

Passant près de notre table, Nicole Vigneron me jette un regard navré. Maman et Bébé reviennent. Elle dépose le petit dans le lit et prend place à table. Le gosse pleurniche.

- C'est supportable, affirme mon amie.

J'acquiesce. Mais soudain, après un conciliabule à voix basse avec ses parents, la jeune maman se lève, s'empare du bébé et sort. Quelques minutes plus tard, elle revient et glisse quelques mots à l'oreille de son époux. Le papa se lève à son tour, plie le lit et le transporte hors de la salle à manger.

- Mais qu'est-ce qu'ils fabriquent ? dis-je.

La réponse me parvient de l'extérieur. Le bébé pleure tandis que les deux parents prennent de nouveau place à table. Dès lors, la jeune femme ne cesse de se lever et d'aller dans l'entrée où se trouve désormais son enfant qui geint avec modération.

- Ils ne peuvent pas le laisser tranquille ? Si on lui f… la paix, il finira bien par s'endormir !

Nouveau coup de pied sous la table. C'est vrai que j'ai parlé un peu fort. Mais les personnes concernées ne semblent pas avoir entendu ma remarque. Le jeune papa, visiblement gêné, effectue des allers-retours entre l'entrée et la table. Sa femme et Madame Vigneron discutent.

- Ça y est ! ça y est ! elle va lui donner sa chambre ! entendons-nous glapir la belle-mère.

Mon amie et moi échangeons un regard atterré. Puis c'est le branle-bas de combat ! La jeune femme revient à table et annonce qu'ils vont devoir partir. L'autre jeune couple, de toute évidence des amis, tente de la calmer. C'est vrai que le petit pleurniche, mais ce n'est pas dramatique. Déterminée, elle entraîne tout le monde à sa suite. En moins d'une minute, les six personnes de la table ronde ont quitté la salle à manger alors qu'ils n'ont mangé que l'entrée.

Silence. Chacun se regarde sans parler. Puis Madame Vigneron paraît sur le seuil, souriante mais visiblement contrariée. Le service se poursuit sans autre incident.

- Je suis désolée, dis-je au moment de partir. Je crois que mon allergie aux enfants vous a porté malchance.

Nicole Vigneron balaie l'air de la main pour me signifier que ce n'est pas grave.

- Notez tout de même, déclare-t-elle en riant, que refuser ma chambre à coucher et ma salle de bains privée à cette jeune femme fait de moi une personne dépourvue de qualité humaine et de sens commercial !

 

Mieux vaut en effet en rire ! Soyez rassurée, Madame, nous qui sommes venues CHEZ ELLE pour déguster votre cuisine et jouir d'une soirée dans une atmosphère feutrée et chaleureuse, nous reviendrons !

 

Isabelle Chalumeau (écrivain public)

ZAZ-ECRITOIRE

BP 30125

54715 LUDRES

Tel : 06.70.35.05.76

e-mails : ichalumeau@free.fr et isabelle.chalumeau@wanadoo.fr

Sites : www.toutnancy.com/toutecrire et http://ichalumeau.free.fr