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Quand les étudiants en médecine nancéiens soutiennent la cause du Mali

L'association Gnokon Fé rassemble des étudiants en médecine nancéiens qui souhaitent faire progresser la situation sanitaire du Mali et qui partagent un intérêt prononcé pour la culture africaine. Leur idée est d'organiser un stage d'été à Bamako afin d'instaurer une collaboration à long terme entre futurs praticiens et universitaires, sur fond d'échange culturel.
Rencontre avec le président de l'association à l'origine du projet, Christophe Hilaire.

Eglantine : Comment s'est présentée l'idée de fonder cette association ?

Christophe : J'ai effectué l'année dernière un stage au Mali de ma propre initiative, grâce à notre doyen qui m'a mis en contact avec l'université de Bamako. J'y ai vécu une expérience extraordinaire en découvrant un pays fascinant et j'ai ressenti la nécessité de faire partager mon expérience. J'étais le premier à avoir sollicité le doyen pour créer un échange avec l'université de Bamako et quand je suis rentré, celui-ci m'a donné carte blanche pour fonder l'association et approfondir les rapports entre nos deux universités. D'autre part, en Afrique, on se réjouit  de collaborer avec une université française. Là-bas, la médecine est un autre univers, on la découvre d'un nouvel œil. C'est une autre approche même de l'homme et de son rapport avec l'environnement.

E : Comment ton initiative est-elle accueillie par les étudiants en médecine nancéiens, qui, a priori, sont assez éloignés de cet univers?

C : D'une part, j'ai rencontré des gens motivés qui avaient envie depuis longtemps de se lancer dans de tels projets; nous travaillons ensemble et nous nous motivons mutuellement pour récolter les fonds nécessaires à la réalisation du projet. D'autre part, il est un peu difficile de sensibiliser la majorité des étudiants, de leur faire comprendre que le livre couvert de poussière sur leur étagère pourrait être lu par des dizaines d'étudiants africains. On rencontre beaucoup d'indifférence; quand on parle de l'Afrique, les gens comprennent difficilement l'enjeu d'un projet qui ne soit pas de l'humanitaire pur et dur. Ils s'attendent à ce qu'on apporte du riz, ou des des produits de première nécessité, et ne perçoivent pas l'importance de l'échange, de la découverte. Le but du projet est de créer des contacts entre des étudiants qui ont énormément de mal à apprendre leur métier, et d'autres qui ont beaucoup de facilités. Les étudiants nancéiens ont tout le savoir, toute la science nécessaire à leur formation à leur portée, entre les bibliothèques, les professeurs, le réseau internet, voire les parents qui offrent de beaux livres. Un étudiant malien possède généralement deux livres : "la médecine de poche" et "le guide de l'infirmier africain". pourtant, l'université est de mesure comparable à la nôtre, il y a autant d'étudiants qu'à Nancy mais les moyens sont incomparables.

E : Quels sont donc les enjeux pratiques du projet ?

C : On veut envoyer des livres, du matériel mais surtout déclencher une véritable collaboration entre les étudiants. D'une part pour que les étudiants maliens, une fois devenus praticiens, aient au moins une personne de France à contacter en cas de manque d'ouvrage de référence sur un cas particulier. D'autre part, pour créer des amitiés. Les étudiants nancéiens qui partiront feront leur stage dans le même dispensaire que l'étudiant malien qui les hébergera dans sa famille. Cela devrait permettre de créer de bons contacts, d'autant plus que là-bas, l'accueil est très chaleureux, les contacts humains très importants. C'est une opportunité de découvrir l'Afrique dans des conditions idéales, en étant plongé dans l'univers médical malien et ses précarités, et en étant l'ami d'un étudiant, d'un médecin.


Cristophe, président de l'association, et Adrien, responsable logistique

E : Que feront les étudiants nancéiens sur place ?

C : Ils s'occuperont surtout de prévention dans les dispensaires, essentiellement au niveau de l'hygiène. Effectivement, certaines mesures élémentaires ne sont pas couramment pratiquées, par manque d'information ou par manque de temps et de moyens. Par exemple, on ne se lave pas forcément les mains alors que le taux d'immunodéprimés est très élevé, on ne prend pas toujours le temps de désinfecter les instruments parce qu'il y en a si peu qu'on les utilise à la chaîne... Les étudiants diffuseront ces mesures au niveau des aides-soignants et du personnel infirmier.

E : Et comment est vécue la confrontation entre médecine moderne et traditionnelle ?

C : La plupart des médecins maliens de formation classique refusent catégoriquement la médecine traditionnelle alors que, dans des pays comme le Ghana ou le Bénin, il existe des centres agréés par le ministère de la santé. Au Mali, il n'existe qu'un centre chargé d'étudier les dosages effectués par des médecins traditionnels afin de les comprendre. Par contre, au niveau de la population, on a encore volontiers recours aux services des tradithérapeutes, qui prescrivent des traitements plus ou moins efficaces. On a aussi la possibilité d'utiliser la "pharmacie par terre"  et d'acheter des médicaments au hasard dans la rue. Si rien de tout cela ne fait effet, on se rend au CESCOM qui promulgue des soins à moindre coût pour les personnes qui y adhèrent.

E  : Pour finir, peux-tu me parler de la portée culturelle du projet ?

C : Le but est aussi de diffuser la culture africaine à travers l'art, la musique, la littérature. L'enjeu est de faire découvrir un autre mode de vie, que ce soit le rythme africain, les paradoxes qu'offre un pays comme le Mali tant au niveau social que culturel ou historique. Une telle expérience permet à ceux qui la vivent de prendre du recul sur les événements, d'avoir un regard beaucoup plus critique sur des faits comme la politique, la religion. Celle-ci, par exemple, est vécue totalement différemment en Afrique. C'est elle qui incarne le tissus social, qui permet aux plus démunis d'accepter la fatalité tout en les motivant, qui est à l'origine des fêtes qui sont de grands moments fédérateurs. On se rend compte aussi que l'on peut vivre plus simplement. Aller aux toilettes en dehors de la maison, faire avec l'absence d'électricité, les corvées d'eau, dormir par terre, le manque de confort nous montrent que c'est possible. C'est une façon de réaliser à quel point nous sommes poussés à consommer, car là-bas, on ne consomme pratiquement pas, on n'achète vraiment que le strict nécessaire.

On prend conscience que la course au profit, à la richesse est un facteur destructeur de la société. L'aisance individuelle s'oppose d'une certaine façon au lien social car c'est le besoin d'autrui qui est à la base des vrais rapports. Apprendre à vivre en autarcie, avoir son propre confort crée de nombreux problèmes dans les sociétés occidentales. En Afrique, les gens sont vraiment surpris et ont du mal à comprendre quand on leur parle de boulimie, d'anorexie, de dépression ou de suicide. Et même au niveau de la violence, je me sentais plus en sécurité à Bamako à deux heures du matin qu'à Nancy à la même heure! "

Alors avis aux amateurs, l'association ouvre aussi ses portes à des gens qui n'appartiennent pas nécessairement à la corporation médicale. Toute forme de soutien est la bienvenue. Pour en savoir plus sur l'association en elle-même, cliquez ici. Pour les joindre :e-mail : gnokonfe@caramail

E. Guély